Qui a conquis le Mexique ? | La véritable histoire

21 octobre 2020 3
Qui a conquis le Mexique ? | La véritable histoire

À première vue, cette question semble digne d’un mauvais examen d’école primaire. La réponse la plus évidente serait de dire que le Mexique été conquis par les « Espagnols » et que cette certitude tragique définit l’identité du pays : Cortés et La Malinche, Cuauhtémoc et Moctezuma sont des méchants et des héros, auteurs et victimes de la terrible défaite. Mais si l’on examine attentivement les événements sanglants de 1519 à 1521, la réponse n’est pas si évidente.

Qui a détruit Tenochtitlan, la capitale aztèque ?

L’armée qui a détruit le Mexique-Tenochtitlan, et qui a fait prisonnier Cuauhtémoc, n’était pas majoritairement espagnole, puisqu’elle comptait à peine un millier de guerriers européens et africains, parmi plusieurs dizaines de milliers d’indigènes de Tlaxcala, Chalco, Tetzcoco, Matlatzinco et de nombreuses autres villes. C’est pourquoi le 13 août 1521, les seuls indigènes vaincus furent les Mexicains, et non leurs voisins qui rasèrent la ville avec les Espagnols. Cent ans plus tard, les auteurs Chimalpain, de Chalco, et Alva Ixtlilxóchitl, de Tetzcoco, qui ont raconté l’histoire de leurs peuples depuis l’époque préhispanique jusqu’à nos jours sans donner aucune importance à la destruction des Mexicas, ne se sont pas non plus sentis vaincus ou conquis. Cet événement n’a pas non plus été synonyme de défaite pour les peuples indigènes d’autres régions du Mexique, au sud comme au nord, qui n’ont été soumis que des siècles plus tard, et certains ne l’ont jamais vraiment été.

Qui a participé à la conquête du Mexique ?

Les Mexicains ont été défaits par une coalition dirigée par les Espagnols qui a rassemblé presque tous les altpetl, ou villes-états indigènes, du Mexique central. Ces gens préféraient tenter leur chance avec un bon gars pour ne pas se retrouver avec le méchant connu : un empire qui basait son règne uniquement sur la violence et l’extraction du tribut, du travail et des services militaires. En soutenant les étrangers nouvellement arrivés contre leurs dirigeants établis, ils ont suivi une vénérable tradition méso-américaine qui explique la chute de Tula, Cholula, Azcapotzalco et du Mexique. C’est pourquoi la grande majorité des indigènes n’ont pas regretté ou partagé la défaite des Mexicains.

Qui a conquis le Mexique ?

Ces points nous permettent de répondre, en allant à l’encontre du sens le plus commun du patriotisme, que « le Mexique a été conquis par les Indiens ». Une telle réponse peut sembler absurde, à première vue, car nous savons tous que les Indiens n’ont pas régné dans le Mexique colonial et indépendant, puisque le pouvoir et la force, et donc le droit, appartiennent depuis le XVIe siècle à des groupes espagnols, créoles et métis. Plus subtilement, cependant, elle nous permet d’apprécier que les Indiens ont été des participants, et souvent des protagonistes, des changements politiques et culturels complexes qui ont commencé avec l’arrivée des Européens et des Africains. Au nom du roi d’Espagne, Tlaxcalans et Otomis ont conquis le nord du Mexique, et ont soumis et assimilé ses peuples indigènes. Les communautés indigènes ont participé activement aux grands mouvements et révoltes de notre histoire moderne, et c’est pour cette raison que nous pouvons dire qu’il existe un libéralisme et un nationalisme indigènes. Cette déclaration ne cherche pas à nier que les populations indigènes ont été soumises, exploitées, déplacées et acculturées, mais elle reconnaît qu’elles ont adopté, adapté et transformé les nouvelles idées religieuses et politiques, économiques et culturelles pour en faire des instruments de leur propre survie.

Pourquoi l’histoire nationale omet certains détails ?

Il convient donc de se demander pourquoi l’histoire nationale a toujours répondu que « les Espagnols ont conquis le Mexique » et que la défaite des Mexicains est celle de tous les Indiens. Cette réponse signifie que la période indigène de l’histoire du Mexique est morte avec le pouvoir militaire de Mexica, et que depuis lors, le Mexique est une autre chose chrétienne, occidentale, colonisée, métisse, moderne, démocratique, peu importe, mais jamais plus indigène. En outre, selon les idéologues de la mexicanité des deux derniers siècles, de Carlos María de Bustamante à Octavio Paz, il existe une attitude éthique particulière : une résignation cosmique qui identifie les Mexicains aux « vaincus », accompagnée d’une ferme conviction qu’ils doivent poursuivre l’œuvre des « vainqueurs » dans le présent et mettre fin à la vie des indigènes ou les assimiler afin de construire la nation. Cette réponse est, en somme, la justification ultime du pouvoir des élites occidentales et occidentalisantes au Mexique.