Viva la vida | tableau de Frida Kahlo

19 mars 2021 0
Viva la vida | tableau de Frida Kahlo

Cette phrase que Frida Kahlo a laissée immortalisée dans son célèbre journal intime nous aide à comprendre sa relation avec la vie et la mort. Frida était une femme dont la vie a été marquée par la souffrance et la douleur, tant physique qu’émotionnelle. Cependant, son courage et sa force d’âme ont fait de l’une des devises qui l’ont accompagnée la phrase Viva la vida (Vive la vie), représentée dans une nature morte du même nom.

Le contexte de l’oeuvre

Je pense que pour comprendre cette relation presque macabre que Frida a entretenue avec la mort, nous devons replacer sa vie dans un contexte très spécifique. Tout d’abord, Frida était originaire du Mexique. Là-bas, la célébration du jour des morts est une occasion où le souvenir de ceux qui ont quitté ce monde s’accompagne de fêtes dans les cimetières avec beaucoup de nourriture, de boissons et de musique. Ils mangent même des bonbons en forme de crâne ou de squelette. Frida elle-même avait un squelette dans le baldaquin de son lit qui lui rappelait chaque jour l’idée de la mort.

Frida Kahlo était un véritable reflet du pays auquel elle appartenait et elle se permettait de se moquer de la mort. On raconte qu’alors qu’elle était déjà très malade, elle a dit à l’un de ses médecins cette phrase célèbre : “Docteur, si vous me laissez boire cette tequila, je vous promets que je ne boirai pas à mon enterrement”. Frida se doutait qu’avec sa santé, elle mourrait assez jeune et a décidé de profiter de la tequila et de la vie autant qu’elle le pouvait. Et je pense que c’est une caractéristique très remarquable dont nous devrions nous inspirer.

En France, la mort ou les visites au cimetière sont liées au deuil et à la tristesse. Ainsi, bien que cette position presque ironique vis-à-vis de la mort puisse nous sembler étrange, je pense qu’il est très important de comprendre la relation de Frida avec la mort. La petite Frida a souffert de la polio dans son enfance, qui l’a laissée boiteuse, et plus tard, à l’adolescence, elle a subi le tristement célèbre accident de bus qui l’a laissée clouée au lit et qui ne l’a pas tuée par pur miracle.

La mort au centre de l’art

On peut dire que Frida s’est trouvée à de nombreuses reprises tout au long de sa vie entre le monde des vivants et celui des morts. Son tableau Thinking of Death montre que l’idée de cesser d’exister lui a souvent traversé l’esprit. Sa vie a été un chapelet de souffrances auxquelles, sincèrement, je pense que beaucoup d’entre nous n’auraient pas résisté (en tout cas moi). Et je ne parle pas seulement de ses problèmes de santé. Sur le plan émotionnel, Frida a dû faire face à la mort, au sens propre comme au sens figuré. Elle n’a jamais pu devenir mère, a subi de multiples fausses couches et a souffert des nombreuses infidélités de Diego Rivera (même avec sa sœur). Dans sa biographie, j’ai lu qu’elle avait conservé certains des fœtus de ses enfants à naître dans des bocaux contenant du formaldéhyde. Je pense que c’est une autre preuve de la relation de Frida avec la mort, qui peut être difficile à comprendre pour nous, mais elle l’a fait parce que, d’une certaine manière, elle voulait garder près d’elle les enfants qu’elle n’a jamais pu avoir.

L’analyse du tableau

En même temps qu’elle représentait dans son art sa souffrance pour la mort de ses enfants et qu’elle dormait sous un squelette qui lui rappelait constamment la nature éphémère de la vie, on peut aussi observer dans ses tableaux une ode à la nature et à la vie. Outre Viva la vida, déjà mentionné, d’autres exemples évidents sont Naturaleza Viva ou Raíces, dans lesquels elle montre l’importance des cycles de la nature. Cela me semble une preuve que pour elle, la vie et la mort n’étaient que les deux extrêmes d’un cycle naturel que nous devons tous traverser tôt ou tard.

Frida a affronté sa maladie et la possibilité presque tangible de sa mort avec courage et force. Je crois qu’elle a pu le faire parce qu’elle a exprimé ses sentiments et sa souffrance dans ses peintures et dans son journal, chassant les démons et mettant de l’ordre dans la colère, la douleur et la tristesse.

Selon ses propres mots : “Faire écran à sa propre souffrance, c’est risquer d’être dévoré de l’intérieur. Apprenons d’une femme sage qui nous a laissé l’héritage de sa vie sous la forme de magnifiques peintures. Supprimons la douleur, supposons que nous ne faisons que passer dans ce monde, profitons-en, trinquons à la tequila en sa mémoire et crions à tue-tête : VIVA LA VIDA !