Moïse ou Le nucléus de Frida Kahlo

16 mai 2021 0
Moïse ou Le nucléus de Frida Kahlo

Données techniques

Travail : Moïse ou Noyau Solaire
Auteur : Frida Kahlo
Chronologie : 1945
Le style : *
Technique : Huile sur fibre dure
Dimensions : 61 x 75,6 cm
Localisation : Collection privée. Houston (Texas).

Analyse formelle

En septembre 1946, Frida Kahlo reçoit le deuxième prix de l’exposition annuelle du Palais des Beaux-Arts pour cette œuvre : Le Moïse ou Noyau solaire. Pour créer cette composition, elle s’est inspirée de l’ouvrage du Dr Sigmund Freud intitulé L’homme Moïse et la religion monothéiste (1938).

Après avoir lu l’œuvre du psychothérapeute, Frida Kahlo fait ici son interprétation et opte pour un style muraliste qu’elle adapte à une échelle miniature, l’encadrant mais laissant la marque de l’influence de son mari Diego Rivera (célèbre pour son œuvre murale).

En ce qui concerne son style, comme nous l’avons commenté dans d’autres publications sur Frida Kahlo, il ne peut pas être catalogué dans le concept “surréaliste” ou “réaliste”. Si l’on devait en choisir un, ce serait le surréalisme, en raison du symbolisme qu’elle utilise pour exprimer sa douleur. Mais, sans aucun doute, le style de Kahlo est personnel, elle se montre à travers son art comme elle le sentait, et elle a utilisé les références nécessaires pour nous faire comprendre son message le plus intime.

Explication iconographique

Nous voyons comme thème principal la représentation du début de la vie, un motif presque obsessionnel dans la production de l’artiste mexicain. Comme nous le savons, la fécondation et la gestation étaient des questions qui la préoccupaient et pour lesquelles elle a souffert tout au long de sa vie, de sorte qu’une fois de plus, elle a recours à son art pictural pour transmettre sa douleur et ainsi transmettre son message personnel.Dans les plans inférieurs se détachent à gauche la représentation masculine et à droite une figure féminine, celles-ci étant les piliers de la vie, les objets qui participent à la fécondation, ainsi que les piliers de la société qui apparaît derrière eux comme une grande masse de personnes.

Alors que dans les plans supérieurs, on trouve des divinités de différentes religions faisant référence à la mort, séparant ce plan divin du terrestre par des squelettes, symbole direct du non-vivant. Au centre des côtés, nous voyons des figures historiques et religieuses connues de tous comme Gandhi, Marx, Staline, le visage de Jésus-Christ, entre autres.

Le portrait de Néfertiti, épouse du pharaon Akhénathon, se détache, et comment cela a intéressé le peintre mexicain qui a écrit : “Je suppose qu’en plus d’être extraordinairement belle, elle devait être une “femme libérée” et une collaboratrice intelligente de son mari.” On voit comment Kahlo s’est identifiée d’une certaine manière au pharaon égyptien et elle a même fait une métaphore concernant leurs relations sentimentales : “Couple étrange du pays du point et de la ligne.”

Le centre de l’oeuvre

Ce qui domine la scène est le centre compositionnel où le soleil – également interprété comme un ovule – couronne la scène et donne de la chaleur au fœtus – flanqué de la représentation de la fécondation de l’ovule – qui finalement naîtra et que nous voyons couché sur un coucou, flottant sur l’eau, dans ce cas ce serait le Nil, en tenant compte que la représentation de l’enfant est Moïse. Cette scène évolutive qui occupe le centre est encadrée sur un fond de ciel clair où il pleut, certaines gouttes étant typiquement blanches et opaques, ce serait donc le propre lait de la mère qui tombe directement sur le bébé. Il convient également de noter le visage de ce nouveau-né, qui partage un semblant de Diego Rivera, faisant ainsi une allusion directe à son mari, à leur relation et à leur histoire.

Frida elle-même a raconté à l’occasion de cette pièce : “Ce que je voulais exprimer, c’est que la raison pour laquelle les gens ont besoin d’inventer ou d’imaginer des héros et des dieux est une pure peur. La peur de la vie et la peur de la mort.”