Au nord-ouest du Mexique, dans l’État de Chihuahua, la Sierra Madre Occidental cache quelque chose que même les géographes peinent à mettre en mots : un réseau de six canyons entrelacés, plus vaste et plus profond que le Grand Canyon. Le Copper Canyon — Barrancas del Cobre en espagnol — ne ressemble à rien de ce que vous avez vu. Pas parce qu’il est spectaculaire à la manière d’une carte postale, mais parce qu’il est vivant, habité, traversé par un train qui siffle dans la montagne et par les Rarámuri (Tarahumara), peuple autochtone dont les terres plongent dans ces gorges depuis des siècles.
Voici cinq expériences concrètes à vivre dans ce territoire hors du commun — avec ce qu’il faut vraiment savoir pour les aborder.
Ce qu’est vraiment le Copper Canyon
Le terme « Copper Canyon » désigne en réalité un ensemble de six canyons majeurs dont la superficie cumulée dépasse quatre fois celle du Grand Canyon américain. Certaines parois plongent à plus de 1 800 mètres de profondeur. Le fond des barrancas bénéficie d’un climat subtropical, tandis que les hauteurs peuvent être enneigées en hiver. Cette diversité altitudinale crée des microclimats saisissants — et conditionne fortement la façon de planifier votre séjour.
Le cœur touristique de la région est le village de Creel, à 2 338 mètres d’altitude, et surtout la station de Divisadero, perchée au bord du canyon — c’est là que se concentrent la plupart des activités décrites ci-dessous.
5 expériences à vivre au Copper Canyon
1. Le téléphérique — voler au-dessus du vide
À Divisadero, le téléphérique du Parque Barrancas est le plus long du Mexique. La cabine glisse en silence au-dessus d’un paysage qui se découvre progressivement : falaises ocres, végétation étagée, vide vertigineux. Par temps clair, la vue s’étend sur plusieurs canyons simultanément.
Ce n’est pas une attraction anodine. À mi-parcours, on réalise ce que signifie réellement l’échelle de ces formations géologiques — quelque chose qu’aucune photo ne peut restituer fidèlement. Comptez environ 20 à 25 minutes de trajet aller-retour.
2. Le belvédère et restaurant du Parque Barrancas
Intégré au même parc, le belvédère offre sans doute l’un des points de vue les plus saisissants de tout le nord du Mexique. Une plateforme en verre surplombe directement le canyon — le sol transparent sous les pieds, le vide en dessous. Pour ceux qui n’ont pas le vertige, l’expérience est difficile à oublier.
Le restaurant sur place permet de déjeuner face au panorama. La cuisine est simple, honnête, souvent composée de plats régionaux. Ce n’est pas une table gastronomique, mais manger ici, suspendu entre ciel et canyon, change la saveur de n’importe quel repas.
3. La tyrolienne — 2,4 km au-dessus des barrancas
Classée parmi les plus longues du monde avec ses 2,4 kilomètres de câble, la tyrolienne de Divisadero est conçue pour que le passage soit confortable autant que vertigineux : le harnais permet de rester assis, le dos appuyé, face au paysage qui défile à grande vitesse.
Ce type d’installation, au-dessus d’un canyon de cette envergure, est rare à l’échelle mondiale. Il faut réserver en avance en haute saison (juillet-août, vacances scolaires mexicaines), les créneaux partant rapidement.
4. La via ferrata — grimper dans la roche
Pour ceux qui veulent aller au-delà de la contemplation, la via ferrata du Parque Barrancas propose un circuit d’environ une heure trente qui mêle escalade sur paroi équipée, rappel et un passage en tyrolienne courte surnommé « saut de Tarzan ».
Aucune expérience préalable n’est nécessaire — tout le matériel est fourni et un guide accompagne le groupe. Mais il faut une condition physique correcte et ne pas souffrir de vertige sévère. C’est une façon d’entrer physiquement dans la roche, de toucher la géologie du canyon du bout des doigts.
5. El Chepe — le train qui traverse la montagne
Le Ferrocarril Chihuahua al Pacífico, dit « El Chepe », est l’un des trajets ferroviaires les plus remarquables du continent américain. La ligne relie la ville de Chihuahua à Los Mochis (Sinaloa) en traversant 87 tunnels, 37 ponts et une succession de paysages radicalement différents — du plateau désertique aux gorges tropicales.
Le trajet complet dure environ 15 à 17 heures. Il n’est pas obligatoire de le faire en entier : beaucoup de voyageurs montent à Creel ou Divisadero pour un tronçon partiel, en descendant à la gare suivante ou en revenant au point de départ. Il existe deux classes — Express (plus confortable, panoramique) et Económica (plus abordable, mêlée aux voyageurs locaux). Les deux sont valables selon ce que vous cherchez.
Ce train n’est pas un musée roulant. Il transporte encore des habitants de villages isolés qui n’ont pas d’autre accès à la civilisation. C’est cette dimension-là — la cohabitation entre touristes et quotidien local — qui en fait bien plus qu’une simple attraction.
À savoir avant d’y aller
Meilleure période : octobre-novembre pour la lumière, les couleurs automnales et une fréquentation maîtrisée. Juillet-août est la saison des pluies (paysages verdoyants mais risques de glissements de terrain). Décembre-février peut être froid voire enneigé en altitude — prévoir des couches thermiques.
Comment y accéder : depuis Chihuahua (ville) en train El Chepe ou en voiture jusqu’à Creel (environ 3h30). Depuis Los Mochis côté Pacifique, le trajet en train est également possible dans l’autre sens.
Budget indicatif : le billet El Chepe Express (tronçon Chihuahua–Creel) coûte entre 600 et 1 200 pesos selon la saison. Le Parque Barrancas à Divisadero facture l’entrée séparément des activités (téléphérique, tyrolienne, via ferrata). Prévoir entre 800 et 2 500 pesos par personne selon les activités choisies.
Erreurs fréquentes : sous-estimer le froid en altitude (Creel peut descendre sous 0°C en hiver), ne pas réserver El Chepe Express à l’avance en haute saison, confondre Divisadero et Creel (deux points d’accès différents, à 1h de distance).
Regard nuancé : le Copper Canyon est sur toutes les listes de voyage, et certains sites à Divisadero ont été très développés commercialement. L’authenticité se trouve en marchant plus loin, en s’arrêtant dans des villages Rarámuri, en prenant le temps de s’éloigner du flux touristique principal. Le canyon récompense ceux qui ralentissent.
Le Copper Canyon ne se livre pas d’un coup d’œil depuis un belvédère. Il se comprend par couches — géologiques, humaines, culturelles. On y revient rarement avec l’impression d’en avoir fait le tour.

