TOP 5 des meilleurs films mexicains de tous les temps

Il existe une poignée de cinématographies nationales capables de faire trembler les salles de festival et de changer durablement la façon dont le monde regarde un pays. Le Mexique en fait partie — pas parce qu’il produit des films exotiques pour regard étranger, mais parce que ses cinéastes ont su creuser dans les entrailles de leur société pour en extraire quelque chose d’universel et de profondément humain.

Des rues chaotiques de Mexico aux routes poussiéreuses de l’Oaxaca, le cinéma mexicain ne se contente pas de raconter des histoires : il documente une façon d’être au monde, une tension entre modernité et racines, entre classe sociale et désir, entre violence et tendresse. Voici cinq films qui permettent de comprendre — et de ressentir — ce que le Mexique porte en lui.

Cinq films mexicains qui méritent votre attention

Ces œuvres ne sont pas choisies pour leur seul palmarès international — même si celui-ci est souvent impressionnant. Elles sont retenues parce qu’elles ouvrent une fenêtre réelle sur la société mexicaine : ses contradictions, ses beautés, ses blessures.

1. Amores Perros (2000) — Alejandro González Iñárritu

Mexico City, début des années 2000. Un accident de voiture brutal dans les rues encombrées de la capitale sert de point de convergence à trois histoires qui n’auraient jamais dû se croiser. C’est le dispositif narratif d’Amores Perros, premier long métrage d’Alejandro González Iñárritu, sorti en 2000 — et l’un des films mexicains les plus marquants de ces trente dernières années.

Le film met en scène Emilio Echevarría, Gael García Bernal et Goya Toledo dans trois récits parallèles reliés par la violence, l’amour, et des chiens. Pas de sentimentalisme : Iñárritu plonge dans la brutalité ordinaire du D.F. de l’époque, ses inégalités criantes, ses quartiers populaires où la survie dicte ses règles.

Amores Perros a remporté le Prix de la critique au Festival de Cannes et a représenté le Mexique aux Oscars 2001, où il a décroché une nomination pour le Meilleur film en langue étrangère. Un début de carrière fracassant pour un réalisateur qui allait ensuite signer Babel, Birdman et The Revenant.

Ce qui frappe aujourd’hui encore, c’est la texture du film : la lumière sale de Mexico, le bruit des marchés, la chaleur humide des taudis et des appartements bourgeois côte à côte. Le Mexique dans toute sa stratification sociale.

2. Y Tu Mamá También (2001) — Alfonso Cuarón

Deux adolescents mexicains, une Espagnole qui fuit ses propres démons, une vieille voiture, et des routes qui traversent un Mexique que les touristes ne voient jamais. Y Tu Mamá También est bien plus qu’un road movie initiatique : c’est un film sur la fin de l’innocence, sur la fracture de classe au Mexique, sur ce qui se perd quand on grandit.

Alfonso Cuarón dirige Gael García Bernal, Diego Luna et Maribel Verdú avec une liberté de ton rare. La caméra s’attarde sur les paysages traversés, mais aussi sur les scènes que l’on préférerait peut-être ne pas voir : les barrages militaires, les funérailles anonymes au bord de la route, les villages oubliés par la croissance économique.

Le film a valu à Cuarón une nomination à l’Oscar du Meilleur scénario original — une reconnaissance tardive pour une œuvre qui dérangeait autant qu’elle séduisait. Tourné dans les années qui précèdent la montée du narco-trafic dans l’espace public, il capte quelque chose d’un Mexique en transition, à la fois insouciant et fragile.

3. El laberinto del fauno (2006) — Guillermo del Toro

Techniquement, El laberinto del fauno se déroule dans l’Espagne franquiste de 1944 — pas au Mexique. Mais ce film est mexicain dans l’âme : c’est Guillermo del Toro, natif de Guadalajara, qui le signe, et c’est dans la tradition mexicaine du réalisme magique que l’œuvre prend ses racines les plus profondes.

Une petite fille, Ofelia, se réfugie dans un monde fantastique pour échapper à la violence réelle qui l’entoure. Del Toro construit un univers visuel d’une précision obsessionnelle, où chaque créature, chaque couleur, chaque décor porte un sens. Le Faune, les yeux dans les paumes, le festin interdit : des images qui ne quittent pas facilement la mémoire.

Le film a remporté trois Oscars techniques et une nomination pour le Meilleur film en langue étrangère. Mais au-delà des récompenses, El laberinto del fauno dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont les cultures mexicaine et latino-américaine utilisent le merveilleux pour parler de la douleur. Une tradition qui remonte bien avant le cinéma.

4. Rudo y Cursi (2008) — Carlos Cuarón

Dans les ranchs de la côte mexicaine, deux frères rêvent de football et de gloire. Quand un recruteur les repère par hasard, ils se retrouvent catapultés dans le monde du football professionnel mexicain — et c’est là que les ennuis commencent vraiment.

Réalisé par Carlos Cuarón (frère d’Alfonso), Rudo y Cursi réunit à nouveau Gael García Bernal et Diego Luna, six ans après Y Tu Mamá También. La complicité entre les deux acteurs est immédiate, et le film en tire le meilleur : une comédie dramatique qui parle de jalousie fraternelle, d’argent facile, de corruption et d’illusions brisées.

Le ton est plus léger que les autres films de cette liste, mais le regard sur le Mexique reste acéré. Le football y est traité pour ce qu’il est dans ce pays : une religion, un ascenseur social, et parfois un piège. Un film moins connu que les autres, mais qui mérite d’être découvert.

5. Roma (2018) — Alfonso Cuarón

Mexico, quartier de la Colonia Roma, début des années 1970. Une employée de maison indigène, Cleo, s’occupe d’une famille de la classe moyenne pendant que le pays traverse une période politique tourmentée. Cuarón filme sa propre enfance, en noir et blanc, avec la précision d’un entomologiste et la tendresse d’un fils qui a mis quarante ans à comprendre ce qu’il a vécu.

Roma est sans doute le film mexicain le plus primé de l’histoire récente : Oscar du Meilleur réalisateur, Oscar du Meilleur film en langue étrangère, Oscar de la Meilleure photographie — une première pour Alfonso Cuarón qui signe lui-même l’image.

Ce qui rend le film inoubliable, c’est la façon dont il traite la hiérarchie sociale mexicaine sans jamais la caricaturer. Cleo est au centre du film mais reste, d’une certaine façon, toujours en marge de la famille qu’elle sert. Cette tension — entre affection sincère et inégalité structurelle — dit plus sur le Mexique que n’importe quel discours.

Pour qui prépare un voyage à Mexico, voir Roma avant de partir transforme la façon de regarder les rues de la Colonia Roma et de Colonia Narvarte. Le quartier existe toujours, embourgeoisé mais reconnaissable.

À savoir avant de plonger dans le cinéma mexicain

Une génération d’or, pas une exception

Iñárritu, Alfonso Cuarón et del Toro forment ce que la presse internationale a baptisé le « Tres Amigos » — trois réalisateurs formés au Mexique qui ont dominé Hollywood dans les années 2000-2010. Leur succès n’est pas une coïncidence : il s’inscrit dans une école cinématographique mexicaine solide, portée par des institutions comme le Centro de Capacitación Cinematográfica de Mexico.

Des films à voir en version originale

Le doublage français de ces films leur fait perdre une grande partie de leur texture. L’espagnol mexicain — ses intonations, ses argots, ses registres de classe — fait partie intégrante du propos. Amores Perros et Y Tu Mamá También en particulier perdent leur mordant sans leur langue d’origine.

Le cinéma mexicain ne se résume pas à ces cinq films

Cette sélection est un point d’entrée, pas un panthéon définitif. D’autres films méritent l’attention : Cronos (del Toro, 1993), Como agua para chocolate (Alfonso Arau, 1992), ou plus récemment Ya no estoy aquí (Fernando Frías de la Parra, 2019), portrait saisissant de la culture cumbia et des gangs de Monterrey.

Un cinéma ancré dans des lieux réels

Plusieurs de ces films peuvent changer un itinéraire de voyage. Le quartier Roma à Mexico, les routes côtières d’Oaxaca traversées dans Y Tu Mamá También, les collines de Guadalajara qui ont inspiré del Toro — le cinéma mexicain est profondément géographique. Une façon de préparer un voyage autrement que par une liste d’incontournables.

Le cinéma mexicain, dans ce qu’il a produit de meilleur, ne cherche pas à séduire. Il documente, il interroge, il dérange parfois. Il montre un pays immense et contradictoire — et c’est précisément pour ça qu’il vaut la peine d’être vu, que l’on parte au Mexique ou non.

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