L’histoire du Club de foot mexicain Necaxa | Aguascalientes

Il y a des clubs de football qui incarnent une ville, et d’autres qui incarnent une époque entière. Necaxa, lui, a fait les deux — avec la particularité un peu vertigineuse d’avoir failli disparaître à deux reprises avant de devenir, dans les années 90, l’une des équipes les plus redoutées d’Amérique du Nord. Les Rayos — les Éclairs — portent bien leur surnom : fulgurants, intermittents, capables de traverser le ciel mexicain avec éclat avant de s’éteindre, puis de revenir.

Aujourd’hui installé à Aguascalientes sous le nom de Hidro Rayos, le club traîne derrière lui une histoire longue de cent ans, faite de titres nationaux, d’exploits continentaux, de descentes en division inférieure et de résurrections improbables. Comprendre Necaxa, c’est comprendre une certaine façon mexicaine de vivre le football : passionnément, collectivement, parfois douloureusement.

Necaxa en bref : ce qu’il faut savoir avant de plonger dans l’histoire

Le Club Necaxa, officiellement fondé le 21 août 1923 à Mexico, est l’un des clubs les plus anciens du football mexicain. Ses couleurs sont le rouge et le blanc. Surnommé Los Rayos, il a été champion du Mexique à plusieurs reprises, a remporté la Coupe CONCACAF, et a participé à la première Coupe du monde des clubs FIFA en 2000. Depuis 2003, il évolue à Aguascalientes, au Stade Victoria.

Pour un voyageur qui passe par Aguascalientes, assister à un match de Necaxa reste une expérience populaire et accessible — une plongée dans la culture footballistique mexicaine loin des grandes métropoles.

Les origines : un club né de l’électricité

L’histoire commence à Mexico, en 1923, dans un contexte industriel. L’ingénieur britannique W. H. Frazer, propriétaire d’une usine électrique, décide de fusionner deux équipes ouvrières : Luz y Fuerza et Tranvías. De cette union naît le Club Necaxa, dont le nom fait référence à la centrale hydroélectrique de Necaxa, dans l’État de Puebla — source d’énergie qui alimentait alors la capitale mexicaine.

Ce lien entre le club et le monde ouvrier de l’électricité n’est pas anecdotique. Il explique pourquoi le Syndicat des Électriciens (Sindicato de Electricistas) reprendra les rênes du club lors de sa première crise, et pourquoi l’identité sociale de Necaxa reste profondément enracinée dans une certaine idée du travail collectif.

Les années 30 : l’ère du « Campeonísimo »

Dès les années 1930, Necaxa devient l’équipe la plus populaire du Mexique. Sous la direction de l’entraîneur autrichien Ernesto Pauler, le club enchaîne les titres : champion du Mexique en 1932-33, 1934-35, 1936-37 et 1937-38. Quatre couronnes en six ans.

La saison 1935-36 reste dans les mémoires comme la plus complète : champion des champions, champion de Mexico, champion de la ligue, champion national, et champion d’Amérique centrale lors des Jeux d’Amérique centrale au Salvador. Une équipe soudée, surnommée les once hermanos — les onze frères — qui reçoit le titre honorifique de Campeonísimo, le plus grand des champions.

L’incendie du Parque de Asturias

Le 27 mars 1939, lors d’un match contre les Asturies, la ferveur des supporters bascule dans la violence. Un tacle jugé brutal sur l’attaquant Horacio Casarín, conjugué à une défaite, pousse les fans necaxistes à mettre le feu aux tribunes du Parque de Asturias. Un épisode rare dans l’histoire du football mexicain, qui témoigne de l’intensité émotionnelle qui entourait déjà ce club.

Première disparition (1943) et retour du Syndicat

La mort du fondateur W. H. Frazer en 1943 précipite la chute du club. Sans mécène, sans structure, Necaxa dispute son dernier match le 18 avril 1943 — une victoire 4-3 face à España — avant de se dissoudre. Les tribunes, ce soir-là, n’arrivaient pas à y croire.

Le Syndicat des Électriciens maintient une version amoindrie de l’équipe en division inférieure, jusqu’au retour officiel dans le football national le 24 septembre 1950, avec un match nul contre Guadalajara. Necaxa renaît, propriété du Sindicato de Electricistas.

1961 : Necaxa bat Santos et Pelé

Sous la bannière des Électriciens, le club remporte la Coupe nationale en 1960, puis réalise l’un des matchs les plus mémorables de son histoire en 1961 : une victoire contre le Santos brésilien de Pelé, au Stade Universitaire Olympique. L’attaquant Dante Juárez inscrit deux buts et délivre deux passes décisives. Un résultat qui circule encore dans la mémoire des supporters les plus anciens.

Deuxième disparition : l’Atlético Español (1971-1982)

En septembre 1971, le club croule sous les dettes. Le conseil d’administration cède Necaxa à des investisseurs espagnols qui rebaptisent l’équipe Toros del Atlético Español, remplacent les couleurs, effacent le nom. Les supporters se détournent massivement. Onze ans de purgatoire.

En juillet 1982, le conseil d’administration opère un retour en arrière : le nom Necaxa est restauré, les couleurs rouge et blanc reprennent leur place. L’équipe remonte en première division sur une défaite 3-2 contre Tampico Madero. Les fans, eux, ont en partie tiré un trait — il faudra des années pour reconstruire la base.

Les années 80 : survie et reconstruction

La décennie est difficile. Necaxa frôle la relégation à deux reprises — en 1985 face aux Leones Negros de l’Université de Guadalajara, et en 1987 contre Zacatepec. Mais la saison 1989-90 marque un tournant : l’arrivée de l’entraîneur Aníbal Ruiz et, avec lui, celle de l’Équatorien Alex Aguinaga, milieu de terrain technique et visionnaire, qui deviendra l’un des visages emblématiques du club.

En 1992, avec Enrique Borja au sein du conseil d’administration, une campagne de reconquête du public est lancée — notamment en direction des jeunes supporters. L’équipe finit la saison comme leader incontesté. Le renouveau est amorcé.

L’âge d’or des années 90 : trois titres et une domination continentale

Les années 90 sont celles de la consécration. Sous la direction de Manuel Lapuente, Necaxa retrouve l’élite du football mexicain — et la dépasse.

1995 : le premier titre après 56 ans de disette

Le 4 juillet 1995, au Stade Azteca, Necaxa bat Cruz Azul avec un score cumulé de 2-0 et remporte son premier titre de champion depuis l’ère du Campeonísimo. Cinquante-six ans d’attente. Le club enchaîne avec la Coupe du Mexique, le titre CONCACAF et le Trophée des champions : nouveau Campeonísimo.

1996 : bicampeón

La saison suivante, Necaxa atteint la finale face à Celaya. Après deux matchs nuls, les Rayos sont sacrés champions pour la deuxième fois consécutive. Deux finales de suite, deux titres : le club s’installe comme une force structurelle du football mexicain.

Hiver 1998 : troisième étoile avec Raúl Arias

Manuel Lapuente quitte le club pour prendre en charge la sélection nationale. Son successeur, Raúl Arias, mène Necaxa à un troisième titre national en battant Guadalajara au Stade de Jalisco. La continuité du projet sportif, malgré le changement de staff, témoigne de la solidité de l’effectif.

2000 : du Real Madrid au podium mondial

En 1999, Necaxa remporte la Coupe CONCACAF en battant successivement le Saprissa costaricien, DC United et l’Alajuelense. Ce titre lui ouvre les portes de la première Coupe du monde des clubs FIFA, organisée au Brésil en 2000. Le club mexicain y réalise un parcours remarquable — battant notamment le Real Madrid et Manchester United en phase de groupe — et termine à la troisième place mondiale. Un résultat qui dépasse largement les frontières du football mexicain.

L’installation à Aguascalientes et le Stade Victoria

Le déménagement vers Aguascalientes, officialisé en 2003 avec l’inauguration du Stade Victoria le 26 juillet, est une décision stratégique autant que sportive. Le conseil d’administration cherche à stabiliser les finances du club et à construire une vraie base de supporters locaux, loin du marché saturé de la capitale.

Le Stade Victoria peut accueillir 25 494 spectateurs. Son nom est issu d’un contrat de naming de 25 ans avec le Grupo Modelo, géant brassicole mexicain, qui lui donne le nom de sa marque de bière. Le stade est situé dans le quartier central des Héroes, à côté du parc de baseball Alberto Romo Chávez, dans une zone sportive qui concentre également gymnase, piscine semi-olympique et vélodrome.

Necaxa dans la Liga de Ascenso

Malgré les ambitions initiales du déménagement, les résultats sportifs se dégradent progressivement dans les années 2000. Après une participation en Copa Libertadores 2007 — où le club remporte sa phase de groupe avant de tomber face au Nacional de Montevideo — et une série de changements d’entraîneurs, Necaxa termine dernier au classement des quotients à l’issue du Clausura 2009 et descend en Liga de Ascenso (deuxième division). Une chute brutale pour un club qui avait brillé sur la scène mondiale moins de dix ans plus tôt.

À savoir avant d’assister à un match de Necaxa à Aguascalientes

Ambiance et culture supporter : Les matchs de Necaxa au Stade Victoria sont une bonne introduction au football mexicain hors des grandes villes. L’atmosphère y est moins tendue qu’à Mexico ou Guadalajara, mais la passion reste palpable, surtout en derby régional.

Accès au stade : Le Stade Victoria est facilement accessible depuis le centre d’Aguascalientes. Des taxis et des services de covoiturage local permettent de rejoindre la zone sportive sans difficulté. Prévoir d’arriver 30 à 45 minutes avant le coup d’envoi pour éviter les files d’entrée.

Billets : Les places se vendent généralement sur le site officiel du club ou aux guichets du stade. Les tarifs restent accessibles par rapport aux clubs de première division des grandes villes.

Ce qu’on mange dans les tribunes : Elotes, tacos, tostadas et sodas sont omniprésents autour du stade avant le match. Une occasion de goûter à la street food locale dans un cadre populaire.

À ne pas confondre : Le club s’appelle parfois Hidro Rayos dans sa version d’Aguascalientes — une référence à son héritage hydroélectrique. Les deux noms coexistent dans l’usage quotidien.

Un siècle de football mexicain en rouge et blanc

L’histoire de Necaxa est celle d’un club qui a failli mourir deux fois et qui, entre ces deux silences, a touché le sommet du football nord-américain. Elle dit quelque chose d’essentiel sur le Mexique : la capacité à renaître, à porter une identité collective à travers les crises, à transformer la fidélité en résistance.

Aguascalientes n’est pas Mexico. Et c’est peut-être pour ça que Necaxa y a trouvé quelque chose que la capitale ne pouvait plus lui donner : un territoire à reconquérir, des supporters à inventer, une nouvelle page blanche. Sur laquelle les Rayos n’ont pas fini d’écrire.

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