Plus de 130 millions de personnes vivent sur ce territoire grand comme quatre fois la France. Certains dans des mégapoles tentaculaires, d’autres dans des villages de montagne où le nahuatl se parle encore. Comprendre la démographie mexicaine, c’est commencer à comprendre pourquoi ce pays ne ressemble à aucun autre.
Combien d’habitants compte le Mexique aujourd’hui ?
Selon les données de l’Institut national de statistique et de géographie (INEGI) et les projections des Nations unies, le Mexique compte aujourd’hui environ 130 à 133 millions d’habitants. Il se classe ainsi parmi les dix pays les plus peuplés de la planète — derrière la Chine, l’Inde, les États-Unis, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, le Nigeria, le Bangladesh et la Russie, mais devant la très grande majorité des nations du monde.
C’est un chiffre qui donne le vertige — et qui explique beaucoup de choses sur la réalité vécue dans ce pays : la densité de Mexico, la vitalité de ses marchés, la jeunesse de ses rues, mais aussi les inégalités structurelles qui traversent la société mexicaine de part en part.
Une population en pleine transformation
Une croissance rapide, mais qui ralentit
En l’espace de deux décennies — entre 2000 et 2020 —, le Mexique a gagné plus de 30 millions d’habitants, passant d’environ 97 millions à plus de 130 millions. Une expansion démographique spectaculaire, portée par une natalité longtemps très élevée et des progrès significatifs en matière de santé publique.
Mais cette croissance ralentit. Le taux de fécondité, qui atteignait sept enfants par femme en 1960, est tombé à environ 2,1 aujourd’hui — soit juste au-dessus du seuil de renouvellement des générations. Le Mexique vieillit, doucement mais sûrement.
Une pyramide des âges en mutation
Voilà ce qui change concrètement : les enfants de moins de 15 ans représentaient 34 % de la population en 2000. Ils n’en représentent plus que 25 % aujourd’hui. À l’inverse, les plus de 60 ans sont passés de 7 % à plus de 12 % sur la même période — et cette tendance va s’accélérer.
Ce vieillissement n’est pas propre au Mexique. C’est un phénomène mondial, documenté par l’ONU. Mais au Mexique, il prend une dimension particulière : un pays historiquement jeune — où la culture, la musique, la rue sont pétries de cette énergie générationnelle — est en train de basculer vers une société plus âgée, avec tout ce que cela implique pour les systèmes de retraite, de santé, et les dynamiques familiales.
Ce que les projections annoncent
Les estimations des Nations unies dessinent une trajectoire claire : la population mexicaine devrait continuer de croître jusqu’aux alentours de 2060-2065, pour atteindre un pic d’environ 167 millions d’habitants, avant d’amorcer une lente décroissance.
| Année | Population estimée | Taux de croissance |
|---|---|---|
| 2025 | 141 131 505 | +5,42 % |
| 2030 | 147 540 126 | +4,54 % |
| 2040 | 157 689 665 | +3,02 % |
| 2050 | 164 279 303 | +1,76 % |
| 2060 | 167 182 201 | +0,59 % |
| 2065 | 167 249 642 | +0,04 % |
| 2070 | 166 496 007 | -0,45 % |
| 2080 | 163 097 661 | -1,19 % |
| 2100 | 151 491 049 | -2,09 % |
Source : Département des affaires économiques et sociales des Nations unies (variante moyenne, données au 1er juillet de chaque année).
Où vivent ces 130 millions de Mexicains ?
Un pays massivement urbanisé
Près de 80 % de la population mexicaine vit en milieu urbain. Mexico — la capitale — concentre à elle seule plus de 21 millions d’habitants dans son agglomération, faisant de la Zone métropolitaine de la Vallée de Mexico l’une des plus grandes concentrations humaines de la planète. Guadalajara, Monterrey, Puebla, Tijuana et León dépassent chacune le million d’habitants.
Pour le voyageur, cette urbanisation se ressent immédiatement : les grandes villes mexicaines sont denses, bruyantes, vivantes à toute heure, traversées de flux humains intenses. Les transports en commun y sont saturés aux heures de pointe ; les marchés débordent ; les quartiers populaires et les zones aisées se côtoient parfois à quelques rues de distance.
Des régions très inégalement peuplées
Le Mexique, c’est aussi 32 États aux réalités radicalement différentes. L’État de Mexico, qui entoure la capitale, est le plus peuplé du pays avec plus de 17 millions d’habitants. À l’opposé, des États comme la Basse-Californie Sud ou Colima comptent moins d’un million de résidents — espaces plus aérés, rythme de vie plus lent, rapport au territoire profondément différent.
Les États du sud — Chiapas, Oaxaca, Guerrero — concentrent une part importante des populations indigènes, qui représentent environ 15 à 20 % de la population nationale selon les critères d’identification retenus. Des millions de Mexicains y parlent encore une langue indigène comme langue maternelle : nahuatl, maya, zapotèque, mixtèque…
Ce que cette démographie raconte du Mexique
Une société jeune qui change de visage
Pendant des décennies, le Mexique s’est construit sur une identité de pays jeune. Cette jeunesse se lisait partout : dans l’énergie des villes, dans la créativité culturelle, dans le rapport au travail et à la famille. Le fait que cette pyramide se rééquilibre progressivement vers les générations plus âgées est une transformation silencieuse, mais profonde.
Pour le voyageur attentif, cela se perçoit dans les contrastes : une grand-mère en rebozo au marché de Oaxaca, un hipster de 25 ans sur son vélo à Roma Norte à Mexico, un adolescent en tenue traditionnelle lors d’une Guelaguetza. Trois Mexique dans un seul pays.
Les migrations internes, un facteur invisible
Les chiffres nationaux masquent aussi un phénomène majeur : les migrations internes. Des centaines de milliers de Mexicains quittent chaque année les États ruraux pauvres du sud vers les grandes métropoles du nord ou du centre. Cette mobilité façonne les villes, crée des quartiers entiers, et transforme les cultures locales par hybridation permanente.
À savoir avant d’y aller
La densité, ça se prépare. Si vous visitez Mexico, Guadalajara ou Puebla, intégrez la densité urbaine dans votre organisation : métro bondé le matin, trafic paralysé en fin de journée, marchés envahis le week-end. Ce n’est pas un problème — c’est le Mexique vivant — mais ça se gère mieux avec un peu d’anticipation.
Les régions rurales, c’est un autre pays. Hors des grandes villes, notamment dans les États à forte population indigène comme Chiapas ou Oaxaca, les codes changent. Le rythme est différent, les langues locales peuvent primer sur l’espagnol, et les usages sociaux méritent respect et discrétion.
Le Mexique n’est pas Mexico. La capitale est surreprésentée dans l’imaginaire collectif. Mais 130 millions d’habitants, c’est aussi des centaines de villes moyennes, des villages côtiers, des communautés de montagne — autant d’expériences qui n’ont rien à voir les unes avec les autres.
La langue. Dans les zones touristiques des grandes villes, l’anglais est présent. Mais dans l’immense majorité du territoire mexicain, l’espagnol — et parfois une langue indigène — reste indispensable. Quelques mots appris avant de partir changent radicalement la qualité des échanges.
Comprendre que le Mexique abrite 130 millions d’histoires différentes, c’est peut-être la meilleure façon de s’y préparer. Pas comme une destination, mais comme un territoire humain d’une richesse et d’une complexité rares — à parcourir avec curiosité, sans chercher à tout résumer.



