Le Mexique n’est pas qu’une affaire de côtes et de cenotes. Sous ses surfaces de carte postale, il cache un relief saisissant : volcans enneigés, canyons vertigineux, forêts tropicales épaisses, vallées creusées par des millions d’années d’érosion. Pour ceux qui marchent, ce pays est un terrain de jeu d’une ampleur rare — et souvent inattendu.
La randonnée au Mexique couvre des univers radicalement différents selon les régions : l’aridité des canyons du nord, la densité végétale du golfe, l’altitude brutale du centre volcanique. Ce n’est pas une seule expérience — c’est dix pays en un.
La meilleure période pour randonner au Mexique s’étend d’octobre à mai, pendant la saison sèche. Les pluies d’été rendent certains sentiers glissants, voire impraticables, et gonflent les rivières. En altitude, les températures nocturnes peuvent chuter brusquement même en saison sèche — prévoyez des couches thermiques quelle que soit la destination.
1. Le Canyon du Cuivre (Cañón del Cobre) — Chihuahua
Dire que le Cañón del Cobre est « grand » ne rend pas justice à l’expérience. Ce complexe de six canyons interconnectés est plus profond que le Grand Canyon américain — et infiniment moins fréquenté. On y marche pendant des jours dans une géographie qui change de caractère à chaque dénivelé.
Le trek classique depuis Creel jusqu’au fond du canyon, en passant par Tararecua, dure environ cinq jours. Mais l’essentiel n’est pas seulement le paysage. Les Rarámuris (Tarahumaras), peuple autochtone de cette sierra, vivent encore dans des grottes et des villages éparpillés le long des parois. Les croiser sur un sentier, parfois pieds nus à des altitudes où vous peinez à respirer, remet les choses en perspective.
Niveau : Intermédiaire à confirmé — dénivelé important, isolation réelle
Durée : 3 à 6 jours selon le tracé
Accès : Le train Chepe (El Chepe) depuis Los Mochis ou Chihuahua est l’option classique — et une expérience en soi
2. Paso de Cortés — Entre Popocatépetl et Iztaccíhuatl
Il y a quelque chose de vertigineux à marcher entre deux géants volcaniques. Le Paso de Cortés est le col naturel qui sépare le Popocatépetl — toujours actif, fumant par intermittence — de l’Iztaccíhuatl, son voisin endormi. C’est ici qu’Hernán Cortés aurait guidé ses troupes en 1519 pour descendre vers Tenochtitlan. La toponymie porte l’histoire comme une cicatrice.
Le sentier offre des panoramas sur les deux volcans et, par temps clair, sur la vallée de México au loin. L’altitude dépasse 3 700 mètres au niveau du col — le mal de l’altitude peut se manifester même chez des marcheurs habitués. Montez lentement, buvez beaucoup, ne négligez pas les signaux de votre corps.
Accès : 2 à 3 heures depuis Mexico en voiture
Entrée : Environ 10 USD (parc national)
Attention : Le Popocatépetl est sous surveillance permanente. Vérifiez les alertes volcaniques avant de partir — l’accès peut être restreint selon l’activité.
3. Iztaccíhuatl — Puebla
L’Iztaccíhuatl n’est pas une randonnée, c’est une ascension. Le troisième plus haut sommet du Mexique culmine à 5 230 mètres. Son profil — une silhouette de femme allongée dans les nuages, selon la légende nahuatl — est visible depuis Mexico par temps dégagé, ce qui devient rare.
La voie normale passe par le refuge Piedra Grande, à 4 700 mètres. On recommande d’y passer au moins une nuit pour s’acclimater avant de tenter le sommet. La montée finale sur glace et neige exige un équipement technique : crampons, piolet, expérience en haute montagne. Ce n’est pas un défi à improviser.
Niveau : Expérimenté — haute altitude, neige permanente possible
À savoir : L’acclimatation à Mexico (2 240 m) aide, mais ne suffit pas. Plusieurs jours à moyenne altitude avant l’ascension sont fortement conseillés.
4. Nevado de Toluca — État de México
Le Nevado de Toluca est l’un des volcans les plus accessibles du Mexique — une route goudronnée monte jusqu’à plus de 4 000 mètres, ce qui le distingue radicalement des autres sommets volcaniques. Dans le cratère, deux lacs d’altitude (la Lagune du Soleil et la Lagune de la Lune) reflètent le ciel avec une netteté troublante.
On peut adapter l’expérience selon son niveau : certains montent en voiture jusqu’au parking haut et marchent seulement jusqu’au cratère, d’autres partent du bas pour une vraie journée de marche. Le sommet (le Pico del Fraile, à 4 680 m) est réservé aux marcheurs aguerris.
Niveau : Facile à difficile selon le point de départ
Accès : Environ 1h30 depuis Mexico ou Toluca
Conseil : Partez tôt — les nuages envahissent le cratère en début d’après-midi
5. Tepozteco — Morelos
Tepoztlán est l’un de ces villages mexicains qui semblent suspendus entre le monde réel et autre chose. Marché de producteurs, ruelles colorées, ambiance New Age assumée — et au-dessus de tout ça, perché sur une falaise à 1 800 mètres, le temple aztèque de Tepozteco dédié au dieu du vent et de la pulque.
La montée dure environ une heure sur un sentier rocailleux et parfois escarpé. Ce n’est pas technique, mais le dénivelé (~400 mètres) surprend ceux qui sous-estiment la chaleur humide de la vallée en contrebas. En haut : le temple, les vautours qui planent, et la vallée de Tepoztlán dans toute sa largeur. Une randonnée courte, mais mémorable.
Niveau : Intermédiaire
Accès : 1h30 depuis Mexico (bus depuis la station Taxqueña)
À prévoir : Eau suffisante, chaussures à semelles grip — les pierres sont parfois glissantes
6. Cumbres de Ajusco — Ciudad de México
Il faut parfois rappeler que Mexico dispose, littéralement en bordure de ville, d’un parc national à 3 900 mètres d’altitude. Les Cumbres de Ajusco, c’est la soupape de décompression des Chilangos — les habitants de la capitale — qui fuient le béton le week-end pour retrouver des forêts de pins et d’oyameles.
Les sentiers convergent vers le Pico del Águila. L’atmosphère est décontractée, familiale, avec des vendeurs de fruits et de nourriture aux abords du parc. Ne vous y trompez pas : l’altitude reste un facteur sérieux pour quiconque arrive de basse mer. Et par temps clair, la vue sur les volcans enneigés est saisissante.
Niveau : Facile à intermédiaire
Accès : Metro + pesero depuis Mexico, ou Uber direct
Idéal pour : Une matinée de randonnée depuis la capitale, sans logistique lourde
7. Desierto de los Leones — Ciudad de México
Malgré son nom, le Desierto de los Leones n’a jamais été un désert — et les lions n’y ont jamais vécu. Le nom viendrait de la famille León, anciens propriétaires des terres. Ce parc national, le premier officiellement créé au Mexique en 1917, est une forêt dense de conifères à 3 700 mètres, à seulement 30 minutes du centre de Mexico.
Les sentiers sont variés, de la promenade familiale aux montées vers le Cerro San Miguel (~3 780 m). Le couvent carmélite abandonné du XVIIe siècle, au cœur du parc, ajoute une dimension inattendue : on passe de la forêt à des ruines mystérieuses, entre deux lacets de sentier.
Niveau : Tous niveaux
Week-end : Fréquenté par les familles et les cyclistes — venez en semaine pour plus de tranquillité
8. Chipinque — Nuevo León
Monterrey est une ville industrielle du nord, dense et bruyante, souvent oubliée des circuits touristiques classiques. Mais à quelques kilomètres du centre, le parc écologique de Chipinque est une respiration inattendue dans la Sierra Madre Oriental. Ses 50 km de sentiers serpentent dans une forêt de chênes et de pins, avec des vues sur la ville et sur les formations rocheuses de la sierra.
Trois sentiers officiels balisés, mais les randonneurs curieux trouvent bien davantage. La faune est discrète mais présente : cerfs, renards, oiseaux migrateurs. C’est un parc qui se mérite — on vient ici pour s’éloigner, pas pour cocher une case.
Niveau : Tous niveaux, selon le sentier choisi
Accès : En voiture depuis Monterrey, environ 20 minutes depuis le centre-ville
Entrée : Payante, tarif modéré
9. Réserve de biosphère de Los Tuxtlas — Veracruz
Los Tuxtlas est l’une des dernières zones de forêt tropicale humide du Mexique. 155 000 hectares classés réserve de biosphère, sur la côte du golfe du Mexique, entre volcans éteints et lagunes. L’air y est chargé d’humidité, la végétation compacte, les sons omniprésents — ici, la nature ne se laisse pas oublier.
Catemaco, la ville principale de la zone, est réputée dans tout le Mexique pour ses curanderos — guérisseurs traditionnels qui pratiquent une médecine syncrétique entre catholicisme, rituels préhispaniques et herboristerie locale. Randonner dans Los Tuxtlas, c’est traverser un territoire vivant, habité, où la nature et les pratiques culturelles sont encore étroitement liées.
Niveau : Varié — promenades lacustres à montées volcaniques
Climat : Chaud et humide toute l’année — prévoyez protection pluie même en saison sèche
Conseil : Un guide local est fortement recommandé pour s’orienter dans la réserve
10. Parque Nacional Los Dinamos — Ciudad de México
Le Río Magdalena est la seule rivière à écoulement libre de Mexico. Elle traverse Los Dinamos, un parc coincé dans un ravin au sud de la capitale, entre des parois de basalte couvertes de végétation. 26 kilomètres de sentiers longent la rivière, montent vers des cascades, traversent des zones forestières que l’urbanisation n’a pas encore englouties.
Le parc est divisé en quatre zones numérotées. Les deux premières, accessibles facilement depuis l’entrée, sont fréquentées le week-end. Les troisième et quatrième offrent un silence relatif et des paysages plus sauvages. C’est un terrain de jeu méconnu, à vingt minutes en Uber du périphérique.
Niveau : Facile à intermédiaire
Accès : Taxi ou Uber depuis le sud de Mexico
Bonus : Les parois de canyon permettent aussi une initiation à l’escalade
À savoir avant de partir randonner au Mexique
Altitude : le facteur que les voyageurs sous-estiment le plus
La majorité des randonnées listées ici dépassent 2 500 mètres. Le mal des montagnes (soroche) peut frapper même des marcheurs aguerris, surtout si vous arrivez directement de basse altitude. Deux à trois jours d’acclimatation à Mexico (2 240 m) avant de viser les volcans est une précaution élémentaire, pas un luxe.
Équipement : ne vous fiez pas au soleil du matin
En altitude, les températures chutent rapidement après midi, surtout si des nuages s’installent. Emportez toujours une couche imperméable, même par ciel dégagé. Les chaussures de randonnée à semelle rigide sont indispensables sur les terrains volcaniques — les pierres de tézontle (basalte rouge) sont traîtresses sous une semelle lisse.
Guides locaux : un atout, pas un gadget
Sur les sentiers moins fréquentés (Los Tuxtlas, Canyon du Cuivre), un guide local change radicalement l’expérience. Il ouvre des passages, connaît les conditions réelles du terrain, et donne accès à des dimensions culturelles que vous manqueriez seul. Les tarifs sont généralement très accessibles.
Sécurité et alertes
Renseignez-vous sur l’état des volcans actifs (Popocatépetl surtout) avant toute sortie dans la zone centre. La CENAPRED publie des bulletins quotidiens. Certains accès peuvent être fermés sans préavis. Par ailleurs, évitez de randonner seul dans des zones isolées sans avoir informé quelqu’un de votre itinéraire.
Budget indicatif
La plupart des parcs nationaux mexicains appliquent des droits d’entrée modestes (entre 50 et 150 pesos, soit 2 à 8 USD environ). Les treks multi-jours comme le Canyon du Cuivre requièrent un budget plus conséquent : transport (train Chepe), hébergement en refuge ou chez l’habitant, guide. Comptez entre 150 et 300 USD pour une semaine complète dans la sierra Tarahumara, logement et nourriture inclus.
Le Mexique se marche autant qu’il se regarde. Il y a quelque chose de fondamentalement différent dans le fait de traverser un pays à pied plutôt que de le survoler depuis un bus ou une terrasse de restaurant. Ici, la distance se mesure en dénivelé, en odeurs de pin mouillé, en rencontres imprévues sur un sentier de pierre. Les volcans ne posent pas pour les photos — ce sont eux qui vous observent.



