Andrea Meza | Miss Mexique devient Miss Univers 2021

Le 17 mai 2021, sous les lumières du Seminole Hard Rock Hotel de Hollywood, en Floride, une ingénieure en logiciel originaire de Chihuahua a posé la troisième couronne de Miss Univers sur le palmarès mexicain. Andrea Meza, 26 ans, n’était pas seulement une candidate : elle incarnait ce que le concours cherchait à devenir — une femme qui parle, qui critique, qui porte un discours.

Andrea Meza, troisième Mexicaine à décrocher la couronne

Le Mexique n’avait plus gagné Miss Univers depuis 2010, lorsque Ximena Navarrete avait succédé à Lupita Jones, sacrée en 1991. Trois décennies, deux couronnes, et une longue attente. Andrea Meza met fin à cette séquence d’une manière qui dépasse le cadre du concours.

Originaire de l’État de Chihuahua, au nord du Mexique — un territoire vaste, aride, frontalier, souvent absent des représentations touristiques du pays — elle arrive en finale avec un profil atypique pour ce type d’événement : diplômée en génie logiciel, impliquée dans des causes sociales, à l’aise devant les questions difficiles.

Sa première dauphine : Julia Gama, Miss Brésil. Sa deuxième dauphine : Janick Maceta, Miss Pérou. Une finale entièrement latino-américaine, dans une soirée qui a rapidement pris les allures d’une célébration continentale.

Une soirée sous le signe de l’Amérique latine

Un plateau dominé par les candidates du continent

Parmi les demi-finalistes, neuf candidates venaient d’Amérique latine : Argentine, Brésil, Colombie, Costa Rica, Mexique, Nicaragua, Pérou, Porto Rico et République dominicaine. Ce n’était pas un hasard de casting — c’était le reflet d’un continent qui mobilise massivement autour de ces compétitions, avec des machines de sélection nationales rodées et des publics passionnés.

Le podium final — Mexique, Brésil, Pérou — a confirmé cette dynamique. Les quatre finalistes latino-américaines avaient toutes en commun d’être des professionnelles engagées, dirigeant ou soutenant des organisations à impact social réel.

Luis Fonsi, les paillettes et la scène en forme de guitare

La cérémonie s’est tenue dans un bâtiment devenu emblématique de la démesure floridienne : le Seminole Hard Rock Hotel and Casino, dont la tour principale a la forme d’une guitare géante. Trois heures de direct, diffusées sur Telemundo et TNT, animées par Mario Lopez et l’ancienne Miss Univers Olivia Culpo.

Le show a débuté au rythme de Pitbull — prévu comme artiste invité — avant que Luis Fonsi ne le remplace à la dernière minute, sans explication officielle. L’auteur de Despacito a chanté Vacío pour les cinq finalistes réunies sur scène. Une séquence devenue rituelle dans ces galas, mais qui prend une autre résonance quand la candidate qui attend sous les projecteurs vient d’un pays où la musique régionale est une langue à part entière.

Ce qu’Andrea Meza a dit — et pourquoi ça compte

Une question sur la pandémie, une réponse sans détour

Le concours se tenait à une période où le Mexique comptait parmi les pays les plus touchés au monde par la mortalité liée au Covid-19. Les juges ont posé la question directement à Miss Mexique : comment auriez-vous géré la crise sanitaire ?

Sa réponse : « J’aurais fermé le pays beaucoup plus tôt que ce qui a été fait, et maintenant je m’occuperais mieux des citoyens, parce que nous avons perdu beaucoup de gens et nous ne pouvons pas en perdre davantage. »

Dans un concours souvent perçu comme un espace de diplomatie lisse, cette franchise a visiblement pesé dans la décision du jury — entièrement féminin pour la deuxième fois de l’histoire du concours.

Des finalistes qui portent un discours

Miss Pérou Janick Maceta a parlé de son vécu personnel face aux violences domestiques. Miss Inde Adline Castellino a abordé l’équilibre entre économie et protection des vies. Miss Myanmar Thuzar Wint Lwin, dont le costume traditionnel n’était pas arrivé à temps, est sortie en tenue simple avec une pancarte « Pray for Myanmar » — une prise de position publique contre le coup d’État militaire du 1er février 2021 dans son pays, qui lui a valu le prix du meilleur costume national.

Miss Bolivie Lenka Nemer a reçu le premier « Impact Award » pour son projet Urban Gardens, qui apprend aux habitants de communautés défavorisées à cultiver leur propre nourriture.

Ce Miss Univers 2021 restera comme une édition où les candidates ont refusé de rester dans les clous.

Chihuahua, État d’origine d’Andrea Meza : un Mexique que peu de voyageurs connaissent

Quand on parle du Mexique à l’international, on pense à Mexico, aux plages de Cancún, aux ruines du Yucatán. Chihuahua, c’est autre chose : le plus grand État du pays, frontalier avec le Texas et le Nouveau-Mexique, traversé par des paysages de désert et de canyons vertigineux.

C’est là que se trouvent les Barrancas del Cobre — les Canyons du Cuivre — un réseau de gorges plus profondes que le Grand Canyon, habitat traditionnel du peuple Rarámuri (Tarahumara), connus pour leurs capacités de course à pied extraordinaires et leurs textiles aux couleurs vives.

C’est un Mexique loin des cartes postales, rude et grandiose, qui a formé Andrea Meza autant que ses études d’ingénierie. Ce détail géographique n’est pas anodin : il dit quelque chose sur la diversité réelle d’un pays que le monde résume trop vite à ses côtes et ses pyramides.

À savoir sur Andrea Meza et le palmarès mexicain à Miss Univers

Les trois couronnes mexicaines : Lupita Jones (1991), Ximena Navarrete (2010), Andrea Meza (2021). Trois femmes, trois générations, trois profils différents — mais toutes issues d’un pays où les concours de beauté ont une résonnance culturelle et médiatique considérable.

Le profil d’Andrea Meza : ingénieure en logiciel, militante pour les droits des femmes, originaire de Chihuahua. Elle a pris ses fonctions à un moment où le concours lui-même tentait de redéfinir ce qu’il valorisait : l’intelligence, l’engagement, la parole publique autant que l’apparence.

Ce que ce titre représente au Mexique : les concours de beauté y occupent une place dans la culture populaire qui dépasse largement le cadre du divertissement. Ils touchent à l’image nationale, à la représentation des régions, aux débats sur la féminité, le corps et le pouvoir. La victoire d’Andrea Meza a été célébrée à Chihuahua comme une fierté régionale autant que nationale.

Miss France dans la compétition : Amandine Petit, Miss Normandie puis Miss France, a atteint le Top 21 de la compétition — une performance saluée notamment par l’ancienne Miss Univers française Iris Mittenaere.

Ce soir de mai 2021, sous une guitare géante en Floride, c’est une femme du nord du Mexique — d’un État que la plupart des voyageurs n’inscrivent jamais à leur itinéraire — qui a rappelé que le Mexique est bien plus vaste, bien plus complexe, bien plus inattendu qu’on ne l’imagine depuis l’extérieur. C’est peut-être la chose la plus mexicaine qui soit.

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