À quelques kilomètres à l’ouest de Valladolid, la route poussiéreuse longe des murets de pierre et des champs de maïs avant de déboucher sur une palapa imposante. Derrière, sous la surface du Yucatán, deux cavités remplies d’eau douce attendent dans l’obscurité — l’une ouverte sur un puits de lumière spectaculaire, l’autre comme une grotte secrète que les Mayas fréquentaient bien avant l’arrivée des touristes.
Le cénote Xkeken et le cénote Samula sont deux des sites naturels les plus visités autour de Valladolid. Ce qui les distingue d’une baignade banale ? La géologie, la lumière, et cette sensation particulière de nager dans l’eau souterraine du Yucatán — une eau qui traverse le calcaire depuis des millénaires et alimente encore aujourd’hui les communautés rurales de la région.
Xkeken et Samula : deux cénotes, deux expériences
Situés côte à côte à environ 3 km du centre de Valladolid, ces deux cénotes sont gérés par la communauté locale maya du village de Dzitnup — d’où leur ancien nom collectif, Cenote Dzitnup. Sur les cartes, vous les trouverez parfois orthographiés « X’quequen » et « Samula ». Retenez l’un ou l’autre : tout le monde à Valladolid saura de quoi vous parlez.
Les deux bassins sont souterrains, creusés dans la roche calcaire qui constitue toute la péninsule du Yucatán. Ils font partie du vaste réseau de cénotes interconnectés qui s’étend sous la région — des centaines de kilomètres de galeries noyées, reliées à la nappe phréatique locale. Cette précision n’est pas anecdotique : elle conditionne les règles de baignade et la façon dont vous devez vous y préparer.
Le cénote Xkeken : la grotte aux oiseaux
Une descente dans la roche
Xkeken est le plus petit des deux. Pour l’atteindre, vous empruntez un escalier en colimaçon taillé dans la pierre, qui s’enfonce dans une caverne naturelle. Les marches sont humides, souvent glissantes — des chaussures à semelles antidérapantes ou des sandales de bain sont vivement conseillées. À mi-chemin, vous entendez déjà l’eau, et parfois les cris des oiseaux qui nichent dans les recoins de la voûte calcaire.
Une ouverture au plafond laisse filtrer la lumière naturelle sur le bassin. L’eau est limpide, d’un bleu-vert particulier. Un maître-nageur est présent en permanence. L’entrée dans l’eau se fait par des rochers — le fond est irrégulier et il n’existe pas de zone de saut. Il faut prendre son temps, tâter le sol avant de plonger.
Ce que vous ne verrez peut-être pas mentionné ailleurs
Avant de descendre au bassin, un passage mène à un second cénote sec — sans eau, mais avec une petite grotte accessible à pied. L’endroit est calme, photogénique, souvent ignoré par les visiteurs pressés. Et juste au-dessus, le chant dense des oiseaux qui s’est installé dans les anfractuosités de la roche crée une ambiance sonore inattendue, presque étrange pour un endroit souterrain.
Le cénote Samula : le rayon de lumière
L’image que vous avez déjà vue
Samula est le plus grand et le plus photographié. La caverne est fermée, à peine percée d’un petit orifice en surface par lequel s’engouffre, pendant environ deux heures par jour, un puits de lumière naturelle. Quand l’angle est bon — généralement en fin de matinée — ce rayon traverse toute la hauteur de la caverne et illumine l’eau bleue et les racines des arbres qui descendent depuis la surface jusqu’au bassin, suspendues dans le vide comme des fils.
C’est une image qui circule beaucoup. Sur place, l’effet est réel — et dépend entièrement de l’heure et de la saison. Venez trop tôt ou trop tard dans la journée, et vous traverserez une belle grotte, mais sans la magie du rayon. Renseignez-vous sur place auprès du personnel pour connaître les créneaux horaires optimaux selon la saison.
L’accès et l’ambiance
L’escalier de Samula descend sur deux niveaux. Le premier offre un point de vue en hauteur sur le bassin — un cadrage naturel pour les photos. Le second niveau permet d’accéder à l’eau. Des casiers sont disponibles à ce niveau, ce qui s’avère utile quand l’affluence est élevée et que la surveillance des affaires devient compliquée.
Services sur place
Les deux cénotes partagent une infrastructure commune gérée par la communauté locale :
- Douches et vestiaires (l’usage avant la baignade est recommandé, même si peu contrôlé)
- Casiers en location
- Gilets de sauvetage en location — à noter : un seul gilet autorisé par visite, non valable pour les deux cénotes simultanément
- Stands de boissons et restauration simple
- Boutiques de souvenirs (partiellement occupées)
Tarifs et options de visite
Les prix peuvent évoluer — vérifiez sur place à l’arrivée. À titre indicatif :
- Un seul cénote : 80 pesos adulte / 50 pesos enfant
- Les deux cénotes : 125 pesos adulte / 80 pesos enfant
- Forfait deux cénotes + balade à cheval : 225 pesos
- Forfait deux cénotes + excursion en 4×4 : 275 pesos
La combinaison des deux cénotes est clairement la plus intéressante rapport qualité-prix. Comptez entre 1h30 et 2h30 sur place selon votre rythme.
Comment y aller depuis Valladolid
En voiture ou en moto
Prenez l’ancienne route 180 vers l’ouest, en direction de Chichen Itza. Après avoir dépassé le périphérique de Valladolid, repérez l’Hacienda Selva Maya sur votre droite : le virage vers les cénotes est juste après, sur la gauche. Suivez la route étroite sur environ deux minutes — un parking spacieux vous attend sous la palapa d’entrée.
À vélo
C’est une option sérieuse depuis le centre de Valladolid. Une piste cyclable longe une partie du trajet, la route est plate et la distance raisonnable (environ 4 km). Plusieurs loueurs de vélos opèrent en ville — dont Bikers Zaci, une entreprise locale qui connaît bien les routes de campagne maya environnantes.
En bus touristique
Un service de bus part régulièrement de la place principale de Valladolid, côté opposé à l’église. Il est surtout utilisé dans le cadre de forfaits d’écotourisme combinant plusieurs sites.
À savoir avant d’y aller
La crème solaire est interdite dans les cénotes — et c’est non négociable. Ces eaux souterraines alimentent encore les nappes phréatiques locales. Rincez-vous soigneusement avant d’entrer, même si personne ne vous le demande explicitement. Certains produits solaires minéraux « bio » sont acceptés par principe, mais le plus simple reste de ne rien appliquer avant la baignade.
Venez tôt ou en semaine. Ces cénotes reçoivent beaucoup de monde, notamment en haute saison (décembre-janvier, juillet-août). Le matin reste le meilleur créneau — pour le rayon de lumière de Samula, mais aussi pour l’affluence. En semaine, l’ambiance est nettement plus calme qu’en week-end.
L’état des cénotes évolue. Plus fréquentés qu’il y a dix ans, Xkeken et Samula accusent les effets du tourisme de masse. L’eau, autrefois d’une clarté absolue, est moins immaculée. Des traces de graffitis sont apparues dans l’une des cavernes. Ce n’est pas une raison de ne pas y aller — mais une invitation à y aller avec conscience.
Prévoyez des chaussures adaptées. Les escaliers sont glissants, les rochers inégaux. Les tongs plates ou les pieds nus sur les marches humides, c’est le meilleur moyen d’une chute inutile.
Ne comptez pas sur le Wi-Fi ou le signal. Une fois dans les cavernes, vous êtes coupés. Téléchargez votre carte hors ligne avant de partir.
Autour de Valladolid : prolonger l’expérience
Xkeken et Samula s’intègrent naturellement dans une journée plus dense autour de Valladolid. La ville elle-même mérite amplement une demi-journée : ses rues coloniales, son marché, sa cuisine régionale — la cochinita pibil, les salbutes, le queso relleno — en font l’une des étapes les plus authentiques du Yucatán, bien loin de l’agitation de Cancún ou de Tulum.
À une heure de route, les ruines de Chichen Itza représentent une autre dimension du territoire maya. Moins connues mais souvent jugées plus impressionnantes par ceux qui les visitent, les ruines d’Ek Balam se trouvent également à proximité, avec la possibilité de se baigner dans un cénote adjacent au site. De l’autre côté de Valladolid, le cénote Suytun offre une expérience encore différente — sa plateforme centrale posée au milieu de l’eau en fait l’un des cénotes les plus photogéniques de la région.
Valladolid est un point de départ idéal pour explorer cet angle du Yucatán : assez proche des grands sites pour les visiter sans se presser, assez éloignée de la côte pour conserver un rythme mexicain réel, avec ses marchés le matin, ses cantinas le soir et ses rues qui sentent encore la cire et le copal.


