Dans un pays où le football occupe presque tout l’espace — des terrains vagues aux télévisions des cantinas —, le rugby avance à contre-courant. Discrètement, méthodiquement, avec la ténacité de ceux qui savent qu’ils partent de loin. Las Serpientes, le surnom de l’équipe nationale mexicaine de rugby à XV, incarnent cette progression silencieuse : pas de tribune électrisée, pas de prime time, mais une trajectoire qui, depuis une quinzaine d’années, pointe vers le haut.
Le rugby mexicain en un coup d’œil
Le Mexique pointe aujourd’hui à la 49e place au classement mondial World Rugby (45,82 points au 3 août 2023), contre la 55e place en 2019. Une progression de six rangs qui peut paraître modeste à l’échelle du rugby mondial, mais qui représente un vrai tournant structurel pour un pays où ce sport n’a jamais bénéficié des mêmes infrastructures que ses voisins du Cône Sud.
L’équipe nationale est gérée par la Federación Mexicana de Rugby (mexrugby.com), affiliée à World Rugby depuis 2007. Elle évolue dans le cadre du Championnat des Caraïbes de rugby, sa principale compétition continentale.
Une histoire de construction, pas de gloire
Des débuts dans l’ombre du football
Le rugby à XV s’est longtemps heurté à un mur culturel au Mexique. Le pays vit football américain, football, boxe, lucha libre — des sports enracinés dans les quartiers, les familles, les identités régionales. Le rugby, lui, est resté longtemps confiné aux clubs privés de la capitale, pratiqué dans des cercles relativement fermés, sans résonance populaire.
L’affiliation à World Rugby en 2007 a changé la donne : elle a ouvert l’accès aux programmes de développement internationaux, aux arbitres certifiés, aux formats de compétition structurés. Le chantier a été long. Il l’est encore.
Une qualification en Coupe du monde : l’horizon qui recule
Depuis la première édition de la Coupe du monde en 1987, le Mexique n’a jamais réussi à décrocher son billet pour la compétition — ni comme invité, ni par la qualification. Chaque cycle de quatre ans représente un objectif que Las Serpientes n’ont pas encore atteint, mais qui structure désormais les ambitions fédérales.
La progression au classement mondial (de la 55e à la 49e place entre 2019 et 2023) laisse entrevoir une équipe qui se construit réellement, même si l’écart avec les nations qualifiantes reste significatif.
Le classement mondial World Rugby : où se situe le Mexique ?
Pour contextualiser la position mexicaine, voici un extrait du classement mondial World Rugby (données août 2023) :
| Rang | Pays | Points |
|---|---|---|
| 1 | Irlande | 91,82 |
| 2 | Nouvelle-Zélande | 90,77 |
| 3 | Afrique du Sud | 89,37 |
| 4 | France | 89,22 |
| 5 | Écosse | 84,01 |
| 7 | Argentine | 80,86 |
| 17 | Uruguay | 66,63 |
| 18 | États-Unis | 66,22 |
| 22 | Chili | 60,49 |
| 28 | Brésil | 55,23 |
| 37 | Paraguay | 49,27 |
| 41 | Colombie | 47,55 |
| 49 | Mexique | 45,82 |
| 50 | Trinité-et-Tobago | 45,51 |
Ce classement illustre bien la réalité : en Amérique latine, l’Argentine domine de très loin, l’Uruguay et le Chili sont solidement installés dans le top 25, et le Mexique se bat pour exister dans une zone intermédiaire où chaque victoire compte double.
Le rugby à sept : un terrain plus fertile
Si le XV progresse lentement, c’est dans le format à sept que le Mexique a trouvé une porte d’entrée plus accessible vers la scène internationale. Le rugby à sept, plus rapide, moins coûteux à développer, mieux diffusé depuis son intégration aux Jeux olympiques, correspond mieux aux ressources actuelles de la fédération.
L’équipe nationale de rugby à sept a disputé son premier match de Coupe du monde de la discipline le 26 mars 2012, face à la Jamaïque, avec une victoire convaincante 68-14. Un résultat encourageant, même si le tournoi s’est terminé dès le deuxième match, sur une défaite face aux Îles Caïmans. Ces allers-retours sont révélateurs : le potentiel existe, la régularité reste à construire.
Le championnat national : la Liga Olympus
En interne, c’est la Liga Olympus qui structure le rugby mexicain de premier niveau. Depuis 2009, un seul club domine la compétition : les Wallabies de Mexico, qui ont remporté l’ensemble des championnats disputés sur cette période. Une hégémonie qui dit autant sur la force du club que sur la concentration des ressources rugbystiques dans la capitale fédérale.
Le développement des clubs en dehors de Mexico City reste un enjeu central pour élargir le vivier de joueurs et rendre la sélection nationale plus compétitive.
Inaki Basauri : le cas d’un talent parti jouer ailleurs
Parler des joueurs mexicains de rugby, c’est inévitablement évoquer Inaki Basauri, né le 1er octobre 1984 à Mexico. Son parcours résume à lui seul les contradictions du rugby mexicain : formé dans un pays où le sport manque de structure, il a fait le choix de poursuivre sa carrière en France, notamment en Pro D2, là où le niveau professionnel existait vraiment.
Le détail qui pique : Basauri, né mexicain, a finalement choisi de défendre les couleurs de la sélection américaine, avec laquelle il a obtenu 15 sélections — dont deux matchs lors d’une Coupe du monde. Ce type de trajectoire, courant dans les sports confidentiels, illustre les difficultés du Mexique à retenir — ou attirer — ses meilleurs profils sous le maillot national.
À savoir avant de s’intéresser au rugby mexicain
Le rugby n’est pas (encore) un sport de rue
Si vous voyagez au Mexique en espérant voir un match de rugby dans un bar ou croiser des supporters en maillot, vous risquez d’être déçu. Le rugby reste un sport de niche, pratiqué dans des clubs souvent liés à des établissements scolaires privés ou à des communautés expatriées. Ne cherchez pas de diffusion dans les cantinas populaires.
Mexico City, épicentre de la pratique
La quasi-totalité des clubs de haut niveau se trouvent dans la capitale. Si le rugby mexicain vous intéresse de près — que vous soyez joueur ou simplement curieux —, c’est à Mexico que se joue l’essentiel de l’activité fédérale.
La fédération reste accessible
La Federación Mexicana de Rugby (mexrugby.com) est joignable et ouverte aux contacts, notamment pour les joueurs étrangers résidant au Mexique qui souhaiteraient intégrer un club local. Le rugby, ici, accueille volontiers les profils internationaux qui viennent gonfler le niveau des championnats nationaux.
Le rugby à sept comme point d’entrée
Pour un voyageur sportif qui voudrait assister à une compétition ou comprendre la dynamique du rugby mexicain, le format à sept est le plus accessible et le mieux organisé. Les tournois régionaux offrent un bon aperçu de l’énergie qui entoure ce sport en développement.
Le rugby mexicain avance comme ses Serpientes avancent : sans bruit, avec méthode, dans un terrain qui ne leur a jamais été naturellement favorable. La 49e place mondiale n’est pas un aboutissement — c’est une étape. Dans un pays qui compte 130 millions d’habitants et une jeunesse sportive parmi les plus dynamiques d’Amérique latine, le potentiel est là. Il attend encore d’être pleinement activé.


