Il porte une cape rouge, un casque à antennes et un marteau baptisé le Chipote Chillón. Il trébuche, échoue, mais finit toujours par sauver la mise — avec un décalage comique qui a fait rire des générations entières à travers toute l’Amérique latine. El Chapulín Colorado, le superhéros maladroit inventé par Roberto Gómez Bolaños — alias Chespirito — a franchi un nouveau seuil : celui de Fortnite, le jeu vidéo le plus joué de la planète.
Première incursion d’un personnage mexicain dans l’univers d’Epic Games, cet événement dit beaucoup sur la portée culturelle d’un personnage né à la télévision mexicaine au début des années 1970 et qui n’a jamais vraiment quitté les écrans — ni les cœurs.
Un superhéros mexicain débarque dans l’arène numérique
C’est via Twitter et le blog officiel d’Epic Games que l’annonce a été faite : El Chapulín Colorado fait son entrée dans Fortnite le 1er novembre 2021, date choisie pour commémorer le 51e anniversaire du personnage. Un timing symbolique, entre Día de Muertos et l’héritage télévisuel mexicain.
Ce que les joueurs peuvent débloquer
L’événement propose une série de skins et accessoires directement inspirés de la série originale :
- La tenue classique d’El Chapulín Colorado
- Des variantes genrées et colorées : Guerrero Colorado, Guerrera Colorada, Héroe Colorado, Heroína Colorada, Defensor Colorado, Defensora Colorada, ainsi que l’Agente Colorado Amazona colorada
- Le sac à dos Paralizatron CH-3000 — l’arme paralysante du personnage
- Le légendaire Chipote Chillón, son marteau fétiche
Ces éléments ne sont pas de simples accessoires cosmétiques. Pour les fans de la série, chaque objet renvoie à une réplique, une scène, une blague que des millions de téléspectateurs connaissent par cœur.
Chespirito, géant culturel sous haute tension
Un héritage qui traverse les frontières
Roberto Gómez Bolaños a créé El Chapulín Colorado en 1970. La série a été diffusée dans plus de 50 pays, doublée en plusieurs langues, et reste aujourd’hui encore un repère générationnel fort en Amérique latine. Le personnage incarne une forme d’humour populaire, autodérision assumée, qui tranche avec les superhéros omnipotents à l’américaine. Il se trompe, s’excuse, improvise — et c’est précisément pour ça qu’on l’aime.
Quand l’hommage arrive au milieu d’une controverse
L’annonce du partenariat avec Fortnite a coïncidé avec une polémique lancée par le comédien mexicain Carlos Ballarta, qui avait déclaré publiquement que Chespirito représentait, selon lui, ce que la comédie mexicaine avait de pire. Une phrase tranchante, qui a immédiatement fracturé les réseaux sociaux entre défenseurs farouches de l’héritage de Gómez Bolaños et ceux qui reconnaissaient une part de vérité dans la critique.
Ce débat, aussi binaire qu’il puisse paraître en ligne, pose une vraie question : comment une culture populaire aussi massive se réinvente-t-elle — ou se fige-t-elle — dans la nostalgie ? Chespirito est-il un génie du rire populaire ou un frein à l’évolution de la comédie mexicaine ? La réponse est probablement les deux à la fois, selon l’angle depuis lequel on regarde.
À savoir avant d’y aller — pour comprendre le phénomène Chapulín
- Ce n’est pas qu’un dessin animé. El Chapulín Colorado est une série télévisée en prises de vues réelles, diffusée entre 1970 et 1979, avec Roberto Gómez Bolaños dans le rôle principal. Elle reste rediffusée régulièrement en Amérique latine.
- La phrase culte. « ¡No contaban con mi astucia! » (« Ils ne comptaient pas sur mon astuce ! ») — une réplique connue de Guadalajara à Buenos Aires.
- Le contexte mexicain. Comprendre l’importance de Chespirito, c’est comprendre comment le Mexique a construit une culture télévisuelle propre, indépendante des modèles américains, avec une identité comique nationale forte.
- La controverse Ballarta. Elle n’est pas anecdotique. Elle illustre un débat générationnel réel entre hommage au patrimoine culturel et nécessité de faire évoluer les codes de l’humour mexicain.
- Premier mexicain dans Fortnite. L’entrée de Chapulín Colorado dans le jeu marque une reconnaissance internationale de ce patrimoine populaire — au même titre qu’un Super Smash Bros. intégrant un personnage de jeu d’auteur.
Il y a quelque chose d’étrange et de touchant à voir ce petit homme en cape rouge se retrouver dans l’arène de Fortnite, aux côtés de superhéros Marvel et d’icônes du jeu vidéo. Le Mexique introduit l’un de ses personnages les plus humains, les plus imparfaits, dans un univers qui célèbre généralement la puissance et l’invincibilité. Une façon, peut-être, de rappeler que l’humour populaire a lui aussi sa place dans la culture mondiale — même quand il trébuche en entrant dans la pièce.


