Il y a des endroits qui tiennent leur réputation grâce à un film, à une photo, à un mythe. Zihuatanejo, elle, tient la sienne depuis bien avant que Tim Robbins n’en murmure le nom dans La Rédemption de Shawshank. Ce port de pêche de l’État de Guerrero, niché dans une baie protégée sur la côte Pacifique mexicaine, a quelque chose d’obstinément lui-même : une ambiance de rue pavée et de filets qui sèchent au soleil, des marchés qui sentent le piment grillé et le café fraîchement torréfié, des pêcheurs qui rentrent à l’aube pendant que les premiers touristes cherchent leur café.
À 240 kilomètres au nord-ouest d’Acapulco, à mi-chemin entre la sierra et l’océan, Zihua — comme l’appellent ceux qui y reviennent — n’essaie pas de ressembler à une station balnéaire. C’est là tout son intérêt.
Zihuatanejo et Ixtapa : comprendre les deux villes
On ne peut pas parler de Zihuatanejo sans évoquer sa voisine Ixtapa, construite à cinq kilomètres au nord. L’une est un village de pêcheurs devenu destination de voyage ; l’autre est une création de l’État, planifiée dans les années 1970 par le FONATUR (l’organisme gouvernemental mexicain du tourisme) pour attirer hôtels de chaîne, golfs de championnat et tourisme de masse. Résultat : deux villes presque collées l’une à l’autre, avec des atmosphères diamétralement opposées.
Ixtapa, avec sa plage de Playa El Palmar bordée de complexes hôteliers et ses deux parcours de golf de 18 trous, ressemble à une version plus sage d’Acapulco. Zihuatanejo ressemble à ce qu’Acapulco était peut-être avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Les deux peuvent se combiner selon les envies — calme et rues animées d’un côté, plage aménagée et infrastructures touristiques de l’autre.
Ce qu’il faut savoir avant d’arriver
Situation géographique et climat
Zihuatanejo se trouve dans l’État de Guerrero, sur la Riviera mexicaine, entre la chaîne de la Sierra Madre del Sur et le Pacifique. La ville compte environ 62 000 habitants, la municipalité autour de 105 000. Le climat est tropical, chaud et humide, avec une saison sèche marquée d’octobre à mai et une saison des pluies de juin à septembre — courte mais franche. La période idéale pour visiter se situe entre novembre et avril.
Se repérer en ville
Zihuatanejo est compact et lisible à pied. Le centre-ville s’articule autour du Paseo del Pescador — le front de mer des pêcheurs — qui longe la baie principale. Les rues pavées du centre concentrent restaurants locaux, boutiques d’artisanat et marchés. Les plages principales sont accessibles à pied ou en taxi collectif (colectivo) pour quelques pesos.
Budget quotidien
Zihuatanejo reste nettement plus accessible que les grandes stations balnéaires mexicaines comme Cancún. Pour un couple en mode autonome — logement en location ou petit hôtel local, repas au marché ou en cantine, transports collectifs — comptez autour de 60 à 80 € par jour. Pour ceux qui envisagent un séjour long ou une installation temporaire, voici une estimation mensuelle pour deux personnes :
| Dépenses | Coût mensuel (€) |
| Logement | 400 € |
| Services (eau, électricité) | 65 € |
| Alimentation (marchés, supérettes) | 200 € |
| Sorties et loisirs | 160 € |
| Services domestiques | 65 € |
| Santé | 145 € |
| Transports locaux | 45 € |
| Total estimé | 1 080 € |
Que faire à Zihuatanejo ?
Les plages : chaque baie a son caractère
La baie principale abrite plusieurs plages aux profils bien distincts. Playa La Ropa, longue de près de deux kilomètres, est la plus fréquentée : restaurants sous palapa, location de kayaks, catamarans, paddle boards, parasailing — tout y est. C’est l’endroit où passer une journée entière sans s’ennuyer.
Playa Las Gatas, accessible uniquement en bateau-taxi depuis l’embarcadère municipal, est protégée par un récif naturel qui rend ses eaux calmes et limpides. C’est le spot de snorkeling le plus accessible de la zone, avec une faune marine variée et des eaux généralement très claires. Pour ceux qui cherchent des conditions de surf, d’autres plages de la région offrent des vagues plus adaptées selon la saison.
Se promener en ville : le vrai visage de Zihua
La balade incontournable commence sur le Paseo del Pescador, le front de mer qui relie le musée archéologique à l’embarcadère municipal. Tôt le matin, les pêcheurs préparent leurs sorties ; en fin d’après-midi, les familles s’y retrouvent. Ce n’est pas une promenade mise en scène pour les touristes — c’est la vie de la ville.
Les rues pavées du centre regorgent de boutiques artisanales sérieuses : textiles tissés à la main, céramiques, bijoux en argent, hamacs. Le marché d’artisanat en bout de ville vaut le détour, moins pour les incontournables souvenirs que pour les pièces uniques qu’on y trouve si on prend le temps de chercher. On y trouve aussi des boutiques de mezcal artisanal et de café de spécialité — deux produits très bien représentés dans l’État de Guerrero.
Le musée archéologique de la Costa Grande
C’est une rareté sur une côte qui privilégie généralement le bronzage au patrimoine : un musée archéologique à taille humaine, géré en grande partie par des bénévoles locaux. Six salles présentent poteries, armes et textiles précolombiens de la Costa Grande. Les cartels sont en espagnol, mais une brochure explicative en anglais est disponible sur demande. L’entrée fonctionne sur donation — une dizaine de pesos est bienvenue. Situé le long du Paseo del Pescador, il s’insère naturellement dans une promenade.
Le dimanche soir à La Cancha
Tous les dimanches soir vers 19h, la Casa de Cultura organise une soirée culturelle en plein air dans l’amphithéâtre appelé La Cancha, face à l’océan. Musique, danse, poésie, lectures — le programme change chaque semaine. Les familles du quartier côtoient les voyageurs de passage. C’est gratuit, sans mise en scène touristique, et c’est exactement le genre de moment qu’on cherche sans toujours savoir où le trouver.
Le marché bio Eco-Tianguis Sanka
Chaque samedi matin, de 9h à 13h30, ce marché s’installe près du musée archéologique. Producteurs locaux, artisans, petits transformateurs — on y trouve légumes de saison, salsas maison, café, mezcal artisanal, et quelques tables pour manger sur place : wraps végétariens, tacos maison, jus frais. Des conférences sur l’écologie et l’agriculture locale s’y tiennent régulièrement. Une façon de comprendre comment une partie de la population locale pense son rapport à la terre et à l’alimentation — bien loin des buffets hôteliers d’Ixtapa.
À savoir avant d’y aller
L’État de Guerrero a une réputation sécuritaire contrastée, surtout dans certaines zones rurales. Zihuatanejo elle-même reste une destination relativement tranquille pour un voyageur qui reste dans les zones touristiques et le centre-ville, mais il est conseillé de consulter les recommandations consulaires récentes avant le départ et d’éviter les déplacements nocturnes isolés en dehors des secteurs bien fréquentés.
Les horaires locaux sont ceux d’une ville mexicaine côtière : les commerces ouvrent généralement du lundi au samedi de 10h à 20h, avec une pause déjeuner entre 14h et 16h. Le dimanche, ouverture à la discrétion des commerçants.
Urgences : composer le 066 depuis un fixe, ou le 112 depuis un téléphone mobile.
Ne confondez pas Zihuatanejo et Ixtapa. Réserver à Ixtapa pour « être au calme » ou à Zihuatanejo pour « être près des hôtels » serait passer à côté de ce qui fait l’intérêt des deux. Si vous venez chercher l’ambiance de village de pêcheurs, l’hébergement en centre-ville ou dans les quartiers proches du Paseo del Pescador est clairement préférable.
La saison haute (décembre à mars) attire les voyageurs nord-américains qui fuient l’hiver. Les prix montent, les plages se remplissent. Si vous pouvez venir en octobre ou novembre — juste après les pluies — vous trouverez une végétation très verte, une mer encore chaude et une fréquentation nettement plus légère.
Côté change : préférez les bureaux de change (casas de cambio) aux hôtels, et retirez des pesos aux ATM des banques locales plutôt qu’aux distributeurs isolés dans les zones touristiques.
Zihuatanejo, à son propre rythme
Il y a quelque chose de délibérément lent dans la façon dont Zihuatanejo existe. Pas de méga-complexe qui barre l’horizon, pas de boulevard à néons. Les pêcheurs rentrent encore à l’aube. Le marché sent encore le poisson frais et le copal. La promenade du soir existe depuis toujours et pour tout le monde.
Ce n’est pas une destination figée dans un passé idéalisé — la ville change, les prix augmentent, le tourisme s’intensifie. Mais Zihuatanejo résiste encore, avec une certaine obstination, à devenir une simple toile de fond. Et c’est peut-être ça, sa vraie valeur.



