Le Mexique à vélo : La route des monastères mexicains

Entre Mexico et Puebla, il existe une route que peu de voyageurs connaissent. Elle ne longe pas les plages, ne traverse pas les marchés artisanaux bondés de touristes — elle serpente à travers les hauts plateaux volcaniques, entre 1 600 et 2 000 mètres d’altitude, là où les premiers moines augustins et dominicains ont planté leur croix il y a cinq siècles. À vélo, ce territoire prend une tout autre dimension.

Ce circuit de 4 à 5 jours relie Tepoztlán, dans l’état de Morelos, à Cholula, aux portes de Puebla. Il traverse des villages silencieux, des couvents classés au patrimoine mondial, et des haciendas coloniales reconverties en hôtels. L’ombre du Popocatépetl — le volcan actif à plus de 5 400 mètres — vous accompagne presque tout du long.

Pourquoi faire ce circuit à vélo ?

La région Morelos-Puebla bénéficie d’un climat tempéré, presque méditerranéen dans ses contrastes entre l’air sec du plateau et la fraîcheur des forêts de pins aux altitudes plus élevées. Les routes secondaires y sont peu fréquentées, les dénivelés gérables, et les villages suffisamment rapprochés pour que chaque étape soit à la fois sportive et culturellement dense.

Ce n’est pas un circuit de compétition — c’est un voyage lent, à la hauteur des paysages. Le type de voyage où l’on s’arrête devant un couvent du XVIe siècle, pas parce que le guide dit « arrêt photo », mais parce qu’on ne peut pas faire autrement.

Les étapes du circuit, jour par jour

Jour 1 — Arrivée à Tepoztlán : entrer dans le Mexique profond

Le transfert depuis Mexico City (que vous arriviez directement de l’aéroport ou d’un hôtel dans la capitale) prend environ une heure et demie vers le sud. Tepoztlán est une ville hors du commun : elle attire autant les mystiques new age que les archéologues, les familles mexicaines en week-end et les voyageurs qui cherchent à sortir de l’agitation de CDMX.

Les ruelles pavées, les murs couverts de bougainvillées, le marché animé du week-end — Tepoztlán donne le ton du voyage. Le soir, rencontre avec le guide vélo à l’hôtel pour calibrer le rythme des prochains jours. Si vous êtes arrivé tôt, un temazcal — le sauna aztèque rituel, pratiqué depuis les temps préhispaniques — permet de préparer le corps aux efforts à venir, et l’esprit à ce qui suit.

Hébergement : Posada Tepoztlán ★★★★

Jour 2 — Tepoztlán › Yautepec › Oaxtepec › Cocoyoc

La journée commence au marché de Tepoztlán, où le petit-déjeuner ne se commande pas dans une carte mais se compose en circulant : une tlayuda, un jus de fruit frais, un café de olla. C’est ici que la route commence vraiment.

Le tracé mène vers Yautepec et Oaxtepec, deux villes conventuelles dont les couvents du XVIe siècle racontent la stratégie des ordres mendiants : s’implanter dans les centres préhispaniques, construire grand pour impressionner, convertir en profondeur. La fin de journée conduit à Cocoyoc, une ancienne hacienda sucrière coloniale aujourd’hui transformée en hôtel. Les bassins, les arcades en pierre volcanique, les jardins tropicaux — tout ici parle d’une autre époque, sans que ce soit muséifié.

Hébergement : Hacienda Cocoyoc ★★★★

Jour 3 — Atlatlahuacan › Yecapixtla › Ocuituco › Tetela del Volcán

C’est l’étape la plus riche en architecture religieuse. Le couvent augustin d’Atlatlahuacan, puis celui de Yecapixtla — considéré comme l’un des mieux conservés du corridor —, illustrent l’ambition architecturale des augustins au XVIe siècle : des façades plateresque, des cours intérieures immenses, des fresques parfois encore visibles sur les murs intérieurs.

À Yecapixtla, une pause s’impose pour goûter la cecina, une viande de bœuf salée et séchée à l’air de la montagne, spécialité locale que l’on mange avec des tortillas fraîches et de la salsa verde. La ville en est fière, et à juste titre.

La route monte ensuite vers Ocuituco et Tetela del Volcán, déjà dans les contreforts du Popocatépetl. L’air y est plus frais, les paysages plus sauvages. La nuit peut se passer dans une auberge simple ou sous tente, avec feu de camp — une rupture de confort bienvenue après deux nuits en hacienda.

Hébergement : Posada Suiza ★★ ou camping

Jour 4 — Hueyapan › Tecuanipa › Tochimilco › Atlixco

Hueyapan marque l’entrée dans l’état de Puebla. Ce village nahuatl est l’un des rares au Mexique à avoir préservé des pratiques textiles préhispaniques — les femmes y portent encore des vêtements brodés de motifs traditionnels au quotidien, pas pour les touristes.

De là, la route descend vers Tochimilco, dont le couvent du XVIe siècle domine un paysage de champs et de volcans. Puis vers Atlixco, ville de taille moyenne connue pour ses jardins et ses fêtes populaires. L’église principale mérite un arrêt prolongé : sa décoration intérieure, chargée, dorée, foisonnante, est caractéristique du baroque poblano — un style qui dit quelque chose de l’identité de cette région, à la fois austère et excessive.

Hébergement : Hôtel Boutique Antigua Alquería ★★★★

Jour 5 — Atlixco › Cholula : la pyramide sous l’église

Dernière étape, et peut-être la plus symbolique. Cholula abrite la plus grande pyramide du monde en volume — plus large que celle de Khéops — au sommet de laquelle les conquistadors ont érigé une église au XVIe siècle. Ce geste architectural, délibérément politique, résume à lui seul la logique de la colonisation religieuse que ce circuit illustre depuis le premier jour.

On peut passer la nuit à Cholula, ville universitaire vivante, ou rejoindre Puebla (15 minutes) ou Mexico City selon les plans de la suite du voyage.

À savoir avant d’y aller

Niveau physique : circuit accessible à tout cycliste habitué aux sorties de plusieurs heures. Quelques montées significatives au jour 3, vers Tetela del Volcán. L’altitude (1 600–2 000 m) peut essouffler les non-acclimatés les premiers jours.

Meilleure période : de novembre à avril, saison sèche. Éviter juillet-septembre (saison des pluies, averses quotidiennes en fin d’après-midi). En hiver, les matins peuvent être frais — prévoir une couche chaude pour les départs.

Équipement : un guide local connaissant les routes secondaires est fortement recommandé. Les vélos de route ne sont pas adaptés — préférer un vélo de touring ou un gravel. Casque, protection solaire haute altitude, et réserve d’eau suffisante entre les villages.

Budget indicatif : les hébergements varient de la nuit sous tente (presque gratuit) aux 4 étoiles en hacienda (60 à 120 € la nuit selon la saison). Compter 15 à 25 € par jour pour les repas en mangeant local — les marchés et les comedores de village sont ici d’excellente qualité.

Erreur fréquente : vouloir aller trop vite. Ce circuit se savoure lentement. Rajouter une nuit à Tepoztlán ou à Cholula transforme le voyage.

Il y a quelque chose d’étrange à pédaler sous le regard d’un volcan actif, entre deux couvents qui ont résisté aux siècles, dans un pays qui continue d’inventer sa propre façon d’habiter son histoire. La route des monastères ne mène pas seulement de Mexico à Puebla — elle traverse cinq cents ans d’un Mexique qui n’a jamais complètement choisi entre ses deux héritages.

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