Il y a des destins qui se construisent entre plusieurs drapeaux. Eugenio Pizzuto Puga est né à San Luis Potosí, dans le Mexique central. Il porte un passeport italien. Il s’est formé en Nouvelle-Zélande. Il a explosé à Pachuca. Et c’est à Lille, dans le nord de la France, qu’il a fêté un titre de champion — sans avoir joué une seule minute de la saison. Ce paradoxe dit beaucoup sur la trajectoire d’un joueur qui n’a cessé de franchir des frontières avant même d’avoir vingt ans.
Qui est Eugenio Pizzuto ? Le profil d’un milieu de terrain mexicain à suivre
Eugenio Pizzuto est un milieu de terrain mexicain né à San Luis Potosí. Formé dans plusieurs pays, il est aujourd’hui l’un des profils les plus singuliers de la génération dorée du football mexicain des années 2020. Sa double nationalité mexicano-italienne lui a ouvert les portes de l’Europe dès ses 18 ans, une opportunité rare que peu de joueurs mexicains avaient saisie aussi tôt.
Son parcours de formation est atypique : il passe par l’académie du Wellington Phoenix en Nouvelle-Zélande avant de rejoindre à l’âge de 12 ans les équipes de jeunes de Chelsea en Angleterre. Une immersion précoce dans le football européen qui forge sa lecture du jeu.
De Pachuca à Lille : une trajectoire façonnée par les blessures et les titres
Les débuts en Liga MX avec Pachuca
C’est à Pachuca, club formateur historique du Mexique, qu’Eugenio Pizzuto pose vraiment ses jalons. Il intègre l’académie du club hidalguense et gravit les échelons progressivement. Le 21 janvier 2020, il fait ses débuts en Coupe du Mexique contre Venados. Cinq jours plus tard, le 26 janvier 2020, il entre en jeu en Liga MX face à León — mais une grave blessure l’écarte des terrains pour plusieurs mois dès la 55e minute de jeu.
Un début brutal, symptomatique d’une carrière qui n’a jamais suivi une ligne droite.
Champion de France à Lille, sans jouer
Alors qu’il est encore en convalescence, le LOSC Lille décide de miser sur lui. Sa nationalité italienne lui permet d’être recruté sans quota extraeuropéen, et son statut de vice-champion du monde U-17 plaide en sa faveur. Il rejoint le nord de la France en 2020, terminant sa rééducation sur le Vieux Continent.
La saison suivante, Lille réalise l’un des plus grands exploits du football français moderne : le titre de Ligue 1 arraché au Paris Saint-Germain à la différence d’un point, scellé lors d’une victoire 2-1 contre Angers. Pizzuto est dans les tribunes. Il célèbre dans le vestiaire. Il crie avec ses coéquipiers. Mais il n’a joué aucune minute.
Un écho lointain à Rafael Márquez, champion de France avec Monaco il y a plus de deux décennies — autre Mexicain, autre trajectoire européenne, même drapeau vert-blanc-rouge dans un vestiaire étranger.
Sur le site de la Ligue 1, il est enregistré comme italien
Le détail est révélateur : sur les registres officiels de la Ligue 1, Eugenio Pizzuto apparaît sous nationalité italienne. Pourtant, il est né au Mexique, il a porté le maillot de la sélection mexicaine U-17, et c’est sous les couleurs de la Tri qu’il a construit sa réputation internationale. La double identité — utile sportivement, parfois déroutante administrativement — est l’une des réalités du football globalisé que connaissent de nombreux binationaux mexicains.
La Coupe du monde U-17 2019 : le tournant international
Avant Lille, avant la blessure, il y a eu le Brésil. En 2019, Eugenio Pizzuto est l’un des piliers de la sélection mexicaine des moins de 17 ans lors de la Coupe du monde de la catégorie. Capitaine de l’équipe, il traverse un tournoi en dents de scie — expulsé lors du premier match, décisif dans les suivants, marquant un but en cours de route — et termine vice-champion du monde, avec le Ballon de Bronze individuel en récompense.
Ce tournoi propulse son nom dans les radars européens. Sa capacité à peser sur le jeu, sa vision du terrain et sa personnalité de meneur convainquent les recruteurs que le potentiel est réel — même si la blessure à venir va momentanément freiner cet élan.
Pizzuto et la sélection mexicaine : l’ambition d’une génération
Eugenio Pizzuto a été intégré dans les réflexions de plusieurs sélectionneurs mexicains, y compris Gerardo Martino. Son profil de milieu créatif, formé en Europe, intéresse dans un contexte où la sélection mexicaine cherche à renouveler ses cadres et à intégrer une génération post-Chicharito capable de s’imposer sur la scène mondiale.
L’enjeu est clair : la Coupe du monde 2026, qui se jouera en partie au Mexique, représente une fenêtre historique pour cette génération. Jouer un Mondial à domicile, devant le public mexicain — c’est une pression et une opportunité que peu de footballeurs ont la chance de vivre.
Mais pour y figurer, Pizzuto devra s’imposer sur le terrain, accumuler du temps de jeu, et convaincre un sélectionneur que la promesse tenue en catégorie jeune peut se confirmer chez les grands.
À savoir sur Eugenio Pizzuto
Une carrière construite sur plusieurs nationalités
La double nationalité mexicano-italienne de Pizzuto est à la fois un atout et une source de confusion. En Europe, il est catalogué comme joueur communautaire — ce qui facilite son recrutement. En compétition internationale, il a toujours représenté le Mexique. Ce type de profil est de plus en plus courant dans le football mondial, et le Mexique a su tirer parti de sa diaspora pour enrichir ses sélections de jeunes.
Un parcours marqué par la blessure et la résilience
Sa grave blessure lors de ses débuts en Liga MX, puis d’autres interruptions en France, ont ralenti sa progression. Ce que son palmarès précoce (vice-champion du monde U-17, champion de France) ne dit pas clairement, c’est que Pizzuto a passé une grande partie de ses premières années professionnelles à se reconstruire physiquement. La résilience fait partie de son profil autant que le talent.
Un symbole de la nouvelle génération mexicaine en Europe
Partir en Europe à 18 ans, sans contrat, en profitant d’une nationalité européenne pour contourner les quotas — ce chemin, Pizzuto l’a emprunté avant que d’autres n’y pensent. Il incarne une tendance de fond : des joueurs mexicains qui quittent la Liga MX très tôt, prennent le risque du déracinement, et parient sur leur formation internationale plutôt que sur une montée en puissance rassurante dans leur championnat d’origine.
Il reste une figure à suivre — non pas parce qu’il a déjà tout accompli, mais précisément parce que l’essentiel est encore devant lui.





