Au bout du malecón de Mazatlán, là où la ville cède la place à l’océan, une silhouette de roche noire se découpe sur l’horizon : l’Isla El Crestón. Sur son sommet, à 157 mètres au-dessus des flots, le phare veille depuis plus d’un siècle sur l’un des ports les plus actifs du Pacifique mexicain. Y monter, c’est accepter l’effort, la sueur, les marches qui s’enchaînent — et recevoir en échange une perspective que peu de voyageurs connaissent sur Mazatlán.
Le phare d’Isla El Crestón : ce qu’il faut savoir avant de grimper
Le phare de Crestón est l’un des phares les plus hauts du Mexique, perché à 157 mètres d’altitude sur un îlot rocheux relié au continent. Ce n’est pas une promenade de bord de mer : pour atteindre le sommet, il faut compter environ 300 marches et près de 800 mètres de sentier caillouteux, soit une montée de 25 à 35 minutes selon votre rythme. La récompense est concrète — une vue à 360° sur la baie, les îles environnantes et le centre historique de Mazatlán.
Le phare est toujours en activité et géré par la Marina Armada de México. L’accès est autorisé aux visiteurs, mais les horaires peuvent varier selon l’activité militaire. Renseignez-vous sur place ou auprès de votre hébergement avant de faire le déplacement.
La montée : un effort honnête, un panorama rare
Ce que vous verrez depuis le sommet
Du haut de l’Isla El Crestón, le regard embrasse un panorama que peu d’endroits au Mexique peuvent offrir : la plage d’Olas Altas et ses vagues longues, les plages Nord bordées de palmiers, l’Isla Venados et l’Isla de las Cabras qui ponctuent la baie. Par temps clair — ce qui est fréquent entre novembre et avril — on distingue les contours des Sierra Madre Occidental à l’est.
À l’ouest du sommet, une plateforme en verre de 20 mètres de long surplombe le vide côté océan. Ce belvédère suspendu donne l’impression de flotter au-dessus de l’eau — une sensation vertigineuse qui justifie à elle seule la montée.
Conseils pratiques pour la montée
Préférez la montée tôt le matin ou en fin d’après-midi : la chaleur humide de Mazatlán peut rendre l’ascension éprouvante en milieu de journée, surtout entre mai et octobre. Portez des chaussures fermées — le sentier est irrégulier — et prenez de l’eau. Il n’y a aucun point de ravitaillement sur l’îlot.
Un phare ancré dans l’histoire du port de Mazatlán
Des feux de bois aux lentilles de Fresnel
L’histoire du phare commence bien avant sa construction en dur. Au XIXe siècle, Mazatlán s’impose comme l’un des ports les plus importants du Pacifique mexicain — minerais, commerce transatlantique, trafic de navires étrangers. Guider les embarcations dans la baie devient rapidement une nécessité vitale.
Les premiers signaux lumineux installés sur l’île étaient rudimentaires : des braseros alimentés au bois et au charbon, parfois de simples torches sur une structure ouverte. La construction du phare tel qu’on le connaît aujourd’hui débute en 1892, confiée aux ingénieurs locaux sous commande fédérale. La structure en pierre, sobre et solide, tient compte du relief naturel de l’îlot — ce qui lui confère cette silhouette si particulière, à mi-chemin entre forteresse et vigie.
Pirates, grottes et trésors enterrés
L’Isla El Crestón ne serait pas mexicaine sans ses légendes. Les grottes qui creusent la base rocheuse de l’île alimentent depuis des siècles des récits de trésors cachés par des pirates qui fréquentaient les eaux du Pacifique aux XVIe et XVIIe siècles. Plusieurs noms circulent dans les histoires locales — des corsaires hollandais, des flibustiers qui utilisaient la côte sinaloense comme point de repli entre deux raids.
Ces récits, jamais tout à fait vérifiés ni tout à fait démentis, font partie du folklore maritime de Mazatlán. Ils racontent surtout l’importance stratégique de ce port bien avant que le tourisme n’y pose le pied.
Ce qu’on peut faire autour du phare
La visite du phare se combine naturellement avec une exploration du front de mer de Mazatlán. L’ascension elle-même constitue une courte randonnée accessible, sans équipement spécifique. Le sentier longe une végétation côtière typique du Pacifique nord mexicain — cactus, arbustes épineux, quelques figuiers de Barbarie — et offre des haltes naturelles pour observer la faune aviaire locale.
Des excursions en bateau permettent également de contourner l’îlot et de voir le phare depuis le large, ce qui donne une lecture très différente du site. Plusieurs prestataires basés sur le malecón proposent ce type de tour, souvent couplé à une visite des îles voisines.
À savoir avant d’y aller
Accès : L’île est reliée à la terre par une jetée depuis le quartier du Centro Histórico. L’accès est généralement libre, mais géré par l’autorité navale mexicaine — il peut être restreint sans préavis.
Durée : Comptez 1h30 à 2h pour l’aller-retour complet avec le temps passé au sommet.
Meilleure saison : Entre novembre et avril — ciel dégagé, chaleur modérée, visibilité maximale depuis le belvédère.
Ce qu’il ne faut pas faire : Évitez de monter à midi en été. Ne touchez pas aux équipements du phare — c’est une installation navale en activité. Ne venez pas sans eau.
Budget : L’accès au sentier et à la montée est généralement gratuit. Si une entrée symbolique est demandée, elle n’excède pas quelques pesos.
Depuis le malecón : L’îlot est visible à pied depuis le front de mer. Des taxis ou des calèches (les célèbres pulmonías de Mazatlán) peuvent vous déposer à l’entrée de la jetée.
Il y a quelque chose d’étrange et de juste à finir une journée à Mazatlán depuis ce rocher : voir la ville en contrebas, comprendre sa géographie d’un coup d’œil, sentir le vent du Pacifique. Le phare ne délivre pas de carte postale — il offre une lecture du territoire, de la relation ancienne entre cette ville et la mer qui l’a construite.

